De même, s’agissant de la doctrine des Râfiḍa, lorsqu’elle prend le dessus dans un pays, ils n’autorisent personne à rapporter ce qui la contredit. Ainsi, à Médine – la cité du Messager d’Allah, paix et bénédictions sur lui – lorsque leur parole s’y répandit, alors même que les gens de la Sunna y étaient nombreux, ceux-ci voulurent lire le Ṣaḥîḥ de al-Bukhârî ; ils ne purent le faire qu’entre la Pierre et le mur oriental, dans ce recoin dissimulé. Puis, lorsque les Râfiḍa eurent définitivement dominé la place, ils les en empêchèrent, jusqu’à ce qu’Allah fit paraître de nouveau la Sunna. Pareillement, lorsque les Banû ʿUbayd s’emparèrent de l’Égypte, nul parmi les gens du ḥadîth ne put y rapporter la moindre tradition, jusqu’à l’affaire qui opposa Ibrâhîm ibn Saʿîd al-Ḥabbâl, disciple de ʿAbd-al-Ghanî ibn Saʿîd, à aṣ-Ṣudafî (1).
Lorsque al-Shaʿbî, à Koufa, rapporta le ḥadîth de Fâṭimah bint Qays dans lequel le Messager d’Allah ﷺ lui dit : « Point pour toi ni logement ni entretien » (2), quelques-uns des plus grands juristes de Koufa présents à l’assemblée (3) se dressèrent en disant : « Tu rapportes un ḥadîth qu’ʿUmar a récusé ?! » (4). Or ce ḥadîth est authentique ; Muslim l’a consigné dans son Ṣaḥîḥ. Les jurisconsultes spécialistes du ḥadîth – tel Aḥmad ibn Ḥanbal, selon l’apparence de son madhhab, et d’autres – le mettent en pratique. Certains hanafites ont fait de cette situation un argument en déclarant : « Lorsque les Pieux Prédécesseurs ont rejeté un ḥadîth, on ne saurait l’appliquer », et ils ont cité celui-ci pour l’illustrer (5).