Et la parole de l’objecteur :
« Cela n’est pas l’habitude des rapporteurs ; combien de ḥadiths ont-ils unanimement été transmis alors même que les juristes divergaient quant à leur statut juridique ? Et combien de transmetteurs ont rapporté un propos que contredisait la multitude, sans qu’on n’entende jamais d’une personne digne de confiance qu’elle possédait un ḥadith comportant une prescription et qu’elle se soit abstenue de le rapporter par crainte de quiconque ; au contraire, lorsque la controverse existe, la crainte diminue, et elle ne se manifeste que si [le propos] contredit le consensus et la grande majorité » (1).
On lui répondra : il est certes des rapporteurs qui délaissent ce qu’ils détiennent lorsque la pratique notoire s’y oppose ; cela est bien connu de l’attitude de Mālik et d’autres. Il arrivait qu’il rapporte un ḥadith puis s’abstienne ensuite de le transmettre, du fait que la pratique à Médine était, selon lui, contraire à ce qu’il contenait, comme il s’abstint de relater le ḥadith d’Umm Salama :
« Lorsque commencent les dix [premiers jours de Dhū l-Ḥijja] et que l’un d’entre vous veut offrir une bête en sacrifice, qu’il ne prélève rien de ses cheveux ni de ses ongles » (2).
Il l’avait certes rapporté à Shuʿba (3), puis il y renonça parce que la pratique, pour lui, allait dans le sens contraire ; et lorsqu’on l’interrogeait à son sujet, il ne le transmettait plus (4).