Et lorsqu’on objecte : « Cela constitue chez lui une contradiction », on répond : « Il en va ainsi de tous les avis dégagés pour l’ensemble des savants ; en effet, lorsqu’un savant possède, sur une même question, deux ou trois opinions, cela signifie qu’il y a là deux avis contradictoires, l’un contredisant l’autre, ou trois avis contradictoires. Il ne s’agit nullement de dire qu’on puisse les concilier, car, si tel était le cas, il n’aurait (1) [74/b] qu’un seul avis. Le savant s’exprime plutôt selon l’effort d’interprétation qu’il fournit et l’état de sa science : il lui apparaît parfois que l’un des deux avis l’emporte, alors il délivre sa fatwā en sa faveur ; à d’autres moments, il voit la prépondérance de l’autre avis et il émet sa fatwā en conformité avec celui-ci.
Quant aux Prophètes – que les bénédictions d’Allah soient sur eux –, leur législation comporte des dispositions abrogeantes et d’autres abrogées. Or, le jugement abrogé qu’Allah a institué, tout comme celui qui l’abroge, étaient l’un et l’autre, à leur époque, la Loi et la religion d’Allah, aussi bien intérieurement qu’extérieurement. Ainsi, lorsque Allah – Très-haut – ordonna tout d’abord à Son Messager de se tourner vers le Rocher, cela constituait la Loi d’Allah et Sa religion, intérieurement comme extérieurement ; puis, lorsqu’Il changea la direction de la prière et prescrivit de se tourner vers la Kaʿba, cela fut également la Loi d’Allah et Sa religion, intérieurement comme extérieurement.
Qu’on ne dise donc pas qu’Allah détenait, dans Son for intérieur, un jugement que le Prophète ignorait au moment de la disposition abrogée. Il en va autrement pour le savant : n’étant pas prophète et ne recevant pas de révélation, il recourt seulement à son ijtihād pour connaître le jugement sur lequel la législation du Messager s’est définitivement fixée ; il peut ainsi considérer, tantôt, qu’un avis est juste, tantôt qu’un avis qui le contredit est juste. Il se peut alors que le premier avis soit, en réalité, le correct, et il se peut que ce soit le second (2).
C’est pourquoi les gens ont divergé au sujet d’un imâm qui possède un avis ancien et un avis postérieur – voire un avis dont il a explicitement déclaré s’être rétracté – : est-il permis de rapporter de lui deux avis, ou ne doit-on rapporter que l’opinion postérieure ? Les disciples d’Aḥmad se sont partagés à ce propos en deux positions : les uns