De même, Muḥammad ibn Yaḥyā an-Naysâbūrî l’a rapporté ; Rūḥ ibn ʿUbādah l’a également transmis d’après Ashʿath (1).
Cette voie de transmission n’est pas parvenue à Aḥmad ; elle est arrivée jusqu’à ces savants, qui, grâce à elle, ont affirmé la mention de l’affranchissement. Al-Awzāʿī l’a également rapporté d’après Jisr ibn al-Ḥasan, d’après Bakr ibn ʿAbd Allāh al-Muzanī, conformément au récit d’al-Taymī et d’Ashʿath (2) ; il s’agit là d’une troisième chaîne qui, elle non plus, n’a pas atteint Aḥmad.
Il est manifeste que la connaissance qu’avaient ces autorités de la divergence qu’ils ont transmise – divergence qu’ils ont établie, détaillée dans ses voies et relatée dans ses propres termes – est plus complète et plus parfaite que leur connaissance de la prétendue absence de divergence au sujet du divorce. En effet, un tel fait ne peut être appréhendé par l’expérience sensible : nul ne saurait s’entretenir avec chacun des savants musulmans du passé pour l’entendre déclarer que le divorce prononcé sous forme de serment prend effet ; et il ne dispose pas même d’un rapport authentique et explicite, libellé en ces termes mêmes, attestant que cela ait effectivement eu lieu de la part d’un Compagnon quelconque (3). Tout ce qu’il possède des Tābiʿīn se réduit à un petit nombre – une dizaine ou une vingtaine tout au plus – et l’on ne saurait même pas lui concéder, pour la formule conditionnelle dont on sait qu’elle avait valeur de serment, un ensemble de vingt transmissions, fût-ce d’un seul tenant. S’agissant du divorce conditionnel de manière générale, on ne lui reconnaît qu’environ vingt ou trente transmissions provenant des Tābiʿīn.
D’où tient-il donc la certitude que les propos de l’ensemble des Tābiʿīn et de leurs élèves concordent avec cela ? Nul ne peut le savoir, d’autant qu’il ne possède aucune preuve que ces fatwā se soient répandues auprès de chacun des savants parmi les Tābiʿīn, lesquels les auraient alors entérinées, le cas échéant, pour qu’un consensus tacite puisse en être déduit. Comment, dès lors, a-t-il pu prendre appui sur la transmission de ces mêmes autorités pour revendiquer un tel consensus, tout en négligeant leur transmission de la divergence relative à l’affranchissement, alors que celle-ci est plus authentique ?!