Ses disciples, tels qu’Abû Yûsuf et d’autres encore, célèbres pour leurs fatwâs à Bassora et à Koufa, adoptaient la même position. Il ne lui était cependant pas parvenu qu’Abû Hanîfa s’en était rétracté et que Muhammad ibn al-Hasan l’avait rejoint, tant cette opinion était largement mise en pratique au Ḥijâz et en Irak.
Il ajouta ensuite :
« Quand bien même il existe à ce sujet une divergence entre les anciens imâms – Compagnons et Successeurs – et les savants plus tardifs du Ḥijâz, certains d’entre eux rendant en pareil cas obligatoire l’expiation d’un serment (kaffârat yamîn). » Par ces mots, il vise le désaccord d’al-Shâfiʿî – qu’Allâh lui fasse miséricorde – avec Mâlik – qu’Allâh lui fasse miséricorde – et d’autres Ḥijâziens ; en effet, al-Shâfiʿî impose ici la kaffârat yamîn. Il établit donc qu’un différend ancien existe déjà entre Compagnons, Successeurs et Ḥijâziens postérieurs.
Ibn Jarîr, toutefois, ne tenait pas compte de l’opinion des savants tardifs tels qu’al-Shâfiʿî, Ahmad, Isḥâq, Abû ʿUbayd, Abû Thawr et consorts, lorsqu’il ne trouvait pas de controverse plus ancienne sur la question. De même, Ismâʿîl ibn Isḥâq al-Qâḍî et ses semblables ne prennent pas en considération la divergence d’al-Shâfiʿî et de ceux qui lui sont apparentés.
Quant à Ahmad ibn Ḥanbal, il ne considérait que la divergence des Compagnons, puis des Successeurs ; il n’accordait aucun poids à l’opinion de ceux qui vinrent après eux et ne citait leurs propos qu’à titre de confirmation. Car, selon lui, les Compagnons et les Successeurs s’étaient exprimés sur la quasi-totalité des questions : il était rare, à ses yeux, qu’un cas se présente sans que les Compagnons – qu’Allâh les agrée – n’en aient parlé ou n’aient traité d’un cas semblable, et la grande étendue de sa connaissance de leurs propos