puis il s’adonnait à l’examen, après s’en être remis à Allah (1) ; dès que se présentait à lui la voie de la vérité qu’il ne lui était plus permis de contredire, il la professait et émettait son avis juridique, dût-il pour cela être emprisonné ou châtié (2).
Tel était son habitus pour toute question dont les gens avaient besoin et dans laquelle la vérité s’était manifestée à lui, comme il l’affirma, au terme d’une longue investigation au sujet du ṭawâf de la femme en état de menstrues (3) : « Voilà ce qui s’est imposé à moi dans cette affaire, et il n’est de puissance ni de force qu’en Allah, le Très-Haut, le Tout-Puissant. N’eût été l’extrême nécessité des gens et leur besoin, tant en connaissance qu’en pratique, je ne me serais pas imposé de traiter ce sujet, n’ayant trouvé à son propos aucun discours d’autrui ; l’ijtihâd en cas de nécessité est en effet ce qu’Allah nous a prescrit. Si ce que j’ai dit est exact, il s’agit du jugement d’Allah et de Son Messager — et louange à Allah ; si ce que j’ai dit est erroné, cela vient de moi et du Diable, et Allah et Son Messager se désavouent de l’erreur, et si l’errant est absous… ».
Ainsi, Ibn Taymiyya avait une vision différente de celle d’al-Subkî au sujet de cette question : affirmer la survenance du divorce conditionnel a conduit à l’essor du marché des « muhallilîn » maudits (4), et à la survenance
(1) À titre d’exemple, voici ce qu’il expose dans son commentaire des versets jugés difficiles (vol. 2, p. 597) : « J’ai médité à plusieurs reprises sur le riba, sans cesse, ainsi que sur les textes, leurs sens et les traditions y afférentes ; il m’est apparu — et il n’y a de force ni de puissance qu’en Dieu, après avoir consulté Celui-ci par l’istikhāra — que l’origine du riba est le nisyāʾ… » etc.
(2) Il déclare d’ailleurs, après être revenu à l’iftāʾ sur la question du serment de répudiation qu’il avait auparavant proscrit : « Il ne m’est pas possible de taire la science. » (Al-ʿUqūd ad-Durriyya, p. 394).
(3) Majmūʿ al-Fatāwā, vol. 26, p. 241.
(4) Ibn al-Qayyim décrit un passage de ce phénomène dans ʿIlām al-Muwaqqiʿīn (vol. 5, p. 540) en ces termes : « Ses fatāwā ont mis en échec les usines de légitimation, ses cloîtres et ses marchés ont été détruits, ses transactions se sont effondrées, les nuages de la malédiction se sont dissipés sur ceux qui légalisaient et sur ceux pour qui ils légalisaient le divorce, le marché de l’argumentation fondée sur le Coran, la Sunna et les traditions des pieux prédécesseurs s’est instauré, les écoles juridiques des Compagnons, des Tabiʿûn et d’autres imams de l’islam se sont répandues parmi les étudiants, et ceux dont l’âme aspirait à la lumière de la science, parmi les chercheurs éclairés, sont sortis de la captivité de l’imitation d’un seul madhhab. »