Quiconque accorde aux savants de la communauté, après son Prophète, le pouvoir d’abroger (1) quoi que ce soit de sa Loi, émet une parole du même acabit que la précédente. Il en va autrement lorsque l’un d’entre eux procède par ijtihâd ; dans ce cas, il déclare, à l’instar d’Abû Bakr et d’Ibn Masʿûd – qu’Allah les agrée : « J’exprime à ce sujet mon opinion ; si elle est juste, elle vient d’Allah, et si elle est erronée, elle émane de moi et de Satan ; Allah et Son Messager en sont innocents » (2).
Un savant pris isolément n’est pas infaillible au point qu’il faille obligatoirement le suivre, contrairement à la communauté, qui, elle, est préservée de l’erreur.
Ainsi, prétendre qu’elle pourrait abroger un texte du Messager – paix et bénédictions d’Allah sur lui – par un consensus qui lui serait contraire, sous prétexte qu’elle est infaillible dans son consensus, revient à les ériger en seigneurs en dehors d’Allah : ils déclarent licite l’illicite et interdisent le licite (3).
Il en va de même de celui qui tient pour établi le consensus de la communauté selon lequel la distance permettant de raccourcir la prière ne saurait être inférieure à deux journées de marche (4) ; il en découlerait, pour lui, que les habitants de La Mecque ne devraient pas raccourcir leur prière à ʿArafah, Muzdalifah et Minâ, ce qui est contraire