Al-Radd ʿalā al-SubkīIbn Taimiya

Quiconque accorde aux savants de la communauté, après son Prophète, le pouvoir d’abroger (1) quoi que ce soit de sa Loi, émet une parole du même acabit que la précédente. Il en va autrement lorsque l’un d’entre eux procède par ijtihâd ; dans ce cas, il déclare, à l’instar d’Abû Bakr et d’Ibn Masʿûd – qu’Allah les agrée : « J’exprime à ce sujet mon opinion ; si elle est juste, elle vient d’Allah, et si elle est erronée, elle émane de moi et de Satan ; Allah et Son Messager en sont innocents » (2).

Un savant pris isolément n’est pas infaillible au point qu’il faille obligatoirement le suivre, contrairement à la communauté, qui, elle, est préservée de l’erreur.

Ainsi, prétendre qu’elle pourrait abroger un texte du Messager – paix et bénédictions d’Allah sur lui – par un consensus qui lui serait contraire, sous prétexte qu’elle est infaillible dans son consensus, revient à les ériger en seigneurs en dehors d’Allah : ils déclarent licite l’illicite et interdisent le licite (3).

Il en va de même de celui qui tient pour établi le consensus de la communauté selon lequel la distance permettant de raccourcir la prière ne saurait être inférieure à deux journées de marche (4) ; il en découlerait, pour lui, que les habitants de La Mecque ne devraient pas raccourcir leur prière à ʿArafah, Muzdalifah et Minâ, ce qui est contraire

(1) À l’origine : « ينسخ », et il est probable que la forme correcte soit celle que j’ai retenue. (2) Sa référence a été donnée précédemment (p. 40). (3) Al-Majmūʿ al-fatāwā (vol. 19, p. 257 ; vol. 33, p. 94) ; al-fatāwā al-kubrā (vol. 3, p. 259). Il précise en plusieurs endroits ceux qui ont adopté cette opinion, citant notamment ʿĪsā b. Abān, ainsi que d’autres théologiens et juristes muʿtazilites, et les partisans d’Abū Ḥanīfa et de Mālik. Voir infra pp. 633-634. (4) Al-Mujīb (p. 695) et Ibn al-Qayyim, dans al-Ṣawāʿiq al-mursala (t. 2, p. 587), rapportent que al-Layth b. Saʿd relate l’unanimité selon laquelle le voyageur ne peut raccourcir la prière s’il séjourne moins de deux jours. Voir infra p. 775.
الأمة بعد نبيها أن ينسخوا (١) شيئًا من شرعه كان قوله من جنس هذا القول، وهذا بخلاف ما إذا اجتهد واحد منهم؛ فإنَّ هذا يقول كما قال أبو بكر وابن مسعود - رضي الله عنهما -: أقول فيها برأيي؛ فإن يكن صوابًا فمن الله، وإن يكن خطأ فمني ومن الشيطان، والله ورسوله بريئان منه (٢) . والواحد من العلماء ليس بمعصوم يجب اتباعه، بخلاف الأمة فإنها معصومة. فإذا قيل: إنها قد تنسخ نص الرسول - صلى الله عليه وسلم - بإجماعها على خلافه، وهي معصومة في إجماعها = فهذا اتخاذ لهم أربابًا من دون الله، يحللون الحرام ويحرمون الحلال (٣) . ومثل من اعتقد إجماع الأمة على أَنَّ مسافة القصر لا تكون أقل من يومين (٤) ، فلزمهم ألا يقصر أهل مكة في عرفة ومزدلفة ومنىً، وهو خلاف
(١) في الأصل: (ينسخ)، ولعل الصواب ما أثبتُّ. (٢) تقدم تخريجه في (ص ٤٠). (٣) مجموع الفتاوى (١٩/ ٢٥٧)، (٣٣/ ٩٤)، الفتاوى الكبرى (٣/ ٢٥٩). وقد صرَّح في بعض المواضع بمن قال بذلك؛ فذكر منهم: عيسى بن أَبان وغيره من أهل الكلام والرأي من المعتزلة وأصحاب أبي حنيفة ومالك. وانظر ما سيأتي (ص ٦٣٣ - ٦٣٤). (٤) ذكر المجيب في (ص ٦٩٥) وابن القيم في الصواعق المرسلة (٢/ ٥٨٧) أنَّ الليث بن سعد حكى الإجماع على أنَّ المسافر لا يقصر الصلاة في أقلَّ من يومين. وانظر ما سيأتي (ص ٧٧٥).

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