et les élites, quant à elles, sont attirées par le savoir que recèle cette question et par l’intérêt qu’en retire son détenteur pour la vie d’ici-bas, sa religion et l’au-delà ; tout cela conduit alors le muqallid à juger que ceux qu’il imitait ne possèdent, sur ce point, aucune science véritable.
Quant à l’étudiant en sciences religieuses qui connaît les preuves scripturaires – apte à l’ijtihâd dans certaines questions, bien qu’il ne soit pas un mujtahid absolu –, s’il déploie tout son effort pour passer en revue les transmissions et les recherches que les savants ont consacrées à cette question et à ses semblables, il acquiert la certitude, à la mesure de sa compétence, qu’aucun d’eux ne détient une connaissance péremptoire attestant la survenue du divorce : ni du Livre, ni de la Sunna, ni du consensus, ni du qiyâs, et pas même une présomption prépondérante appuyée sur un argument légal. Tout ce qu’ils possèdent relève des usages et de l’imitation, et, de l’aveu unanime des musulmans, rien de cela n’est une preuve juridiquement recevable.
Quiconque soutient que l’avis de quatre, cinq, six, sept, dix ou douze savants musulmans – nommément désignés ou non – constitue une preuve infaillible qu’il est obligatoire de suivre et illicite de contredire (1) s’oppose ainsi au Livre, à la Sunna et à l’unanimité [50/أ] des Compagnons, des Successeurs, de tous les savants musulmans, des quatre imâms et d’autres encore ; car tous conviennent qu’une telle opinion n’est pas une preuve légale apte à trancher le différend qui oppose les musulmans dans les questions de leur religion.
Quant à l’objection de cet opposant – « Cette opinion est une invention » –, elle est du même acabit que les propos qu’il tient, lui et ses semblables : des paroles qui contredisent le Livre, la Sunna et le consensus des Pieux Prédécesseurs, tout en prétendant que l’avis qui les contredit serait, lui, une innovation. Ce n’est pas là la première hérésie qu’ils profèrent, ni la première fois qu’ils traitent d’innovateur celui qui les contredit ; ce travers est fréquent chez ceux qui se hasardent à parler de la religion dans ses fondements.