Celui qui érige cela en affirmation catégorique d’un consensus fait preuve d’une ignorance manifeste ; bien plus, si on l’obligeait à jurer par le divorce – alors même qu’il tient cette formule pour contraignante – qu’aucun membre de la Communauté n’a jamais divergé sur la question du divorce, il n’oserait s’y aventurer (1).
Quant à celui qui établit l’existence de la divergence, il prêterait les serments les plus solennels et se livrerait à la mubâhala avec quiconque le souhaiterait, affirmant que la divergence est bel et bien présente dans la Umma, aussi bien chez les Anciens que chez les Modernes, à propos de la survenance du divorce conditionnel et de son expiation.
Les imâms du savoir blâment cet objecteur et ses semblables, qui parlent par ignorance, s’avancent sans science et affirment un consensus de la Communauté sans en posséder la moindre connaissance ; tout ce qu’ils ont à offrir se réduit à rapporter la parole de celui qui l’a précédemment mentionnée. Le premier à avoir rapporté ce prétendu consensus fut Abû Thawr ; tous ceux qui vinrent après lui ne firent que le prendre de lui : Muḥammad ibn Naṣr le reçut de lui, de même Ibn Jarîr al-Ṭabarî, et Ibn ʿAbd al-Barr, dont Ibn Rushd al-Ḥafîd l’hérita (2).
Quant à Ibn al-Munḏir, parce qu’il disposait d’un savoir plus étendu sur les divergences en la matière et qu’il connaissait le petit nombre de ceux qui soutenaient cet avis, il ne mentionna que « le consensus de ceux dont nous conservons l’opinion » ; il ne parla nullement d’un consensus des savants dans leur ensemble. Tel était d’ailleurs son procédé dans les questions où il ne possédait pas les paroles de l’ensemble de la Umma, mais seulement celles d’un certain nombre d’entre eux.
Ainsi disait-il : « Ont été unanimes ceux dont nous rapportons l’avis », c’est-à-dire ceux dont l’opinion nous est parvenue sur la question considérée ; il n’entendait pas par là chaque personne ayant émis quelque avis que ce soit. Cela est manifeste dans son ouvrage, et j’ai cité, ailleurs, ses propres termes ainsi que ceux d’autres que lui (3).