— entre son propre iǧtihâd et celui des autres Compagnons – qu’Allâh les agrée.
Quant à ce principe – à savoir : la suspension (ta‘lîq) qui vise à formuler un serment constitue-t-elle réellement un serment ou non ? – l’effort d’interprétation des Successeurs et de leurs continuateurs y a divergé, et des sommités de la science se sont rangées de part et d’autre, exactement comme ils ont divergé au sujet du vœu prononcé par obstination ou sous l’effet de la colère.
Ainsi, si l’on rapporte d’Ibn ʿUmar – qu’Allâh soit satisfait de lui et de son père – qu’il a parfois adopté l’un de ces avis et parfois l’autre, cela sied parfaitement à un homme de sa trempe parmi les gens de science et de piété. En effet, on rapporte de lui, dans une version, qu’il impose l’expiation (1) pour le serment conditionné par l’affranchissement, et, dans une autre, qu’il déclare l’affranchissement obligatoire ; car le serment assorti d’un affranchissement est analogue au serment assorti d’un vœu : tantôt il statue qu’il faut expier dans tous les cas, tantôt il affirme qu’ils sont tous obligatoires. Or personne ne lui a jamais fait dire, ni transmis de sa part, qu’il distinguerait entre affranchissement et vœu, obligeant l’affranchissement tout en prescrivant l’expiation pour le vœu, bien que ce soit l’opinion d’un groupe de grands savants tels que ash-Shâfiʿî, Aḥmad b. Ḥanbal, Isḥâq b. Râhawayh, Abû ʿUbayd, Muḥammad b. Naṣr et d’autres encore. Ces derniers possèdent une argumentation qui peut demeurer obscure même pour d’éminents muǧtahidîn, quand bien même la majorité des gens rejettent et infirment cette distinction.
Dès lors que les Compagnons n’ont jamais laissé circuler pareille distinction, qu’aucun d’entre eux n’a différencié entre affranchissement et vœu en rendant le premier obligatoire et non le second, et que la science et la foi dont Allâh les a dotés leur ont dévoilé la corruption de cette différence, comment imaginer qu’ils aient distingué entre divorce et affranchissement, alors que nul ne l’a affirmé avant Abû Thawr ?! Il n’existe, entre ces deux cas, aucun motif substantiel qu’un muǧtahid pourrait valablement retenir.
Quant à Abû Thawr – qu’Allâh lui fasse miséricorde –, il n’a pas adopté cette distinction en se fondant sur un argument de fond susceptible d’être embrassé par un muǧtahid,