Il n’y eut donc aucun consensus à l’époque des califes bien guidés ; il n’est même pas rapporté de l’un d’eux qu’il ait émis une fatwā à ce sujet ni qu’il ait statué sur un quelconque aspect de la question. Le Coran n’en offre pas non plus une indication claire, et l’on ne connaît pas, à ce propos, de Sunnah authentique du Prophète — paix et bénédiction d’Allah sur lui. De surcroît, ʿÂʾishah, Ḥafṣah, Ibn ʿUmar, Ibn ʿAbbās — qu’Allah les agrée — et d’autres Compagnons qui ont émis des avis juridiques au sujet du serment impliquant l’affranchissement d’un esclave ou du vœu nécessitant une expiation, parce qu’ils considéraient qu’il s’agissait d’un serment, n’ont pas été précédés par une transmission notoire, provenant des califes — qu’Allah les agrée —, au sujet du serment conditionné par le divorce que l’on pourrait prendre pour un consensus et qui aurait autorisé Abû Thawr à adopter la position qu’il a défendue. Bien au contraire, on ne connaît absolument personne, parmi les musulmans avant Abû Thawr, qui ait établi une distinction entre le serment conditionné par le divorce et celui conditionné par l’affranchissement.
Quant à Ibn Jarîr, il ne s’est contenté de distinguer qu’en conformité avec Abû Thawr, par ignorance de la divergence existante. En effet, son fondement dans la revendication de l’unanimité est fragile : il érige l’avis de la majorité en consensus et ne tient pas compte de la dissidence d’une ou deux personnes (1). À l’inverse, lorsqu’il rapporte l’existence d’une controverse, il ne s’appuie pas sur un fondement aussi faible. C’est pourquoi il convenait de retenir sa transmission de la divergence plutôt que sa transmission du consensus, comme l’a fait le répondant, et non comme l’a fait l’objecteur et ceux qui lui ressemblent, lesquels se sont appuyés sur sa transmission du consensus tout en négligeant celle de la divergence.
Ainsi, les Compagnons — qu’Allah les agrée — ne disposaient d’aucun consensus antérieur sur lequel ils auraient pu se reposer pour en supposer un, comme l’a cru Abû Thawr.
Aš-Šâfiʿî, Aḥmad et d’autres imâms mentionnent que les Compagnons et les Successeurs n’avaient pas coutume de revendiquer le consensus dans ce genre de questions.
Aš-Šâfiʿî a dit :
[ … ]
(2).