Est-ce donc la voie des Compagnons et de leurs successeurs bienfaisants, voie appuyée sur ce qu’indiquent le Livre, la Sunnah et l’analogie ?
Quant à celui qui leur fait dire ce qu’ils n’ont jamais dit et prétend qu’ils se sont trompés, il ne s’appuie sur aucune transmission authentique venant d’eux ; il ne possède rien d’autre que l’ignorance d’Abû Thawr à propos de la controverse touchant le divorce, ignorance partagée par ceux qui l’ont suivi. L’absence de science chez ces derniers est devenue, pour cet objecteur et ses semblables, le prétexte pour imputer aux Compagnons des propos qu’ils n’ont jamais tenus – alors qu’ils ont, au contraire, affirmé ce qui implique l’opposé – puis pour les taxer d’erreur dans ce qu’il leur attribue, alors qu’ils sont, en cela comme en toute autre chose, les plus dignes d’être dans le vrai.
En effet, nous savons de manière générale qu’ils nous dépassent en toute science, guidée, jurisprudence, vertu, compréhension et en tout moyen d’acquérir la connaissance ou d’atteindre la vérité ; leur avis, pour nous, vaut mieux que le nôtre pour nous-mêmes. Bien plus – et qu’Allah en soit loué – nous savons en détail que les paroles où ceux qui leur ont succédé les ont contredits constituent la vérité, contrairement aux dires de leurs contradicteurs ; nous l’avons constaté dans les questions des serments, du divorce et bien d’autres encore.
Quant à Abû Thawr – qu’Allah lui fasse miséricorde –, il n’a établi entre le divorce et l’affranchissement aucune distinction substantielle ni aucun argument légal tiré du Livre ou de la Sunnah qu’aurait suivi un mujtahid parmi les Compagnons. Il a plutôt rangé la question au registre de l’istihsân (appréciation discrétionnaire) et a admis la possibilité de restreindre la cause juridique sans disparition de condition ni existence d’empêchement, en vertu de ce qu’il croyait être un consensus (1).
Or il est notoire que cette méthode est caduque ; elle est impensable de la part des Compagnons, car il n’existait avant leur époque aucun consensus sur lequel ils auraient pu s’appuyer, contrairement à ce qu’ont fait Abû Thawr et ses semblables (2). De plus, le serment conditionné par le divorce, à l’époque des Compagnons, était plus rare que les autres formes, et l’on sait avec certitude qu’il n’y en avait pas