Il ne se singularise pas, non plus, dans certaines questions par simple inclination personnelle, ni ne prononce de fatwâ au hasard ; chacune de ses positions particulières, il l’étaye par le Coran, la Sunna ou le qiyâs, l’argumente, la discute, en rapporte les divergences et prolonge l’examen, à l’exemple des imâms qui l’ont précédé. S’il s’est trompé, il bénéficie de la récompense due au mujtahid parmi les savants ; s’il a vu juste, il reçoit une double récompense.
Le Shaykh al-Islâm Ṣâliḥ ibn ʿUmar al-Bulqînî ash-Shâfiʿî dit dans son approbation du « Radd al-Wâfir » (p. 276) : « Il est vrai qu’on a imputé au Shaykh Taqî ad-Dîn Ibn Taymiyya certaines choses que ses contemporains ont réprouvées, et le Shaykh Taqî ad-Dîn as-Subkî s’est levé pour le réfuter sur les deux questions de la visite [des tombes] et du divorce… Toute personne voit ses propos acceptés ou délaissés, à l’exception de l’occupant de cette tombe – c’est-à-dire le Prophète (paix et bénédiction d’Allâh sur lui). Heureux celui dont les erreurs se comptent et dont les fautes sont limitées. Nous pensons, en outre, que ce qui est advenu du Shaykh Taqî ad-Dîn ne provient ni de témérité ni d’injustice – à Dieu ne plaise – ; il s’agit plutôt d’une opinion qu’il a estimée correcte et qu’il a étayée par des preuves. »
Le Shaykh Zayn ad-Dîn ʿAbd ar-Raḥmân at-Tafahni al-Hanafî déclare dans son approbation du « Radd al-Wâfir » (p. 282) : « Seuls quelques savants se sont dressés contre lui dans les deux questions de la visite [des tombes] et du divorce, et son affaire, tout comme celle de ceux qui l’ont contesté, est notoire. Les deux questions mentionnées ne font pas partie des fondements de la religion ; elles relèvent des branches de la Sharîʿa au sujet desquelles les savants sont unanimes : le mujtahid qui s’y trompe est récompensé, il n’est pas taxé de mécréance ni de perversité. Le shaykh s’exprimait sur ces deux sujets par voie d’ijtihad ; ceux qui les ont contestés l’ont débattu dans une controverse célèbre, à l’aide de preuves que son contradicteur doit interpréter. Cela n’est point blâmable, car le mujtahid atteint tantôt la vérité, tantôt l’erreur, et il est rétribué pour son effort même lorsqu’il se trompe. »