Il était certes plus savant, plus raisonnable, plus versé en jurisprudence et plus pieux envers Allah que cela ; toutefois, un doute lui survint lorsqu’il fut question de l’affranchissement, si bien qu’il exposa ce qu’il en savait, tout en déclarant catégoriquement dans l’erreur quiconque affirme l’existence d’un consensus en matière de divorce et assimilés, disant : « Ils ne disposent, dans ce domaine, que de l’absence de science. »
S’il est permis d’arguer de la parole d’Aḥmad : « Al-Taymī est le seul à l’avoir rapporté », alors même que, d’un autre côté, nous savons qu’il ne fut pas seul – Aḥmad n’ayant parlé qu’en fonction de ce qui lui était parvenu –, il est, à plus forte raison, plus légitime de se prévaloir de la parole d’Aḥmad et de sa réprobation à l’égard de celui qui revendique, sans en avoir connaissance, un quelconque consensus. Autrement, on ferait de son ignorance une preuve émanant d’Allah et contraignante pour l’ensemble des musulmans, les obligeant à la suivre et à délaisser ce qu’Allah et Son Messager ont exposé dans le Livre d’Allah, dans la Sunna de Son Messager, ainsi que les connaissances d’autrui qui contredisent cette ignorance malgré la divergence existante.
Quant à la parole de celui qui dit : « Je n’ai pas connaissance que quiconque, hormis al-Taymī, ait rapporté cela », elle n’établit en rien une preuve légale opposable aux autres. À supposer même que la mention de l’affranchissement n’apparaisse nullement dans le ḥadith de Laylâ, la controverse relative à l’affranchissement parmi les Anciens (1) est connue indépendamment de ce ḥadith.
Cette divergence, aux côtés de l’avis d’Abū Thawr, a été rapportée par Muḥammad b. Naṣr al-Marwazī, Muḥammad b. Jarīr al-Ṭabarī, Dāwūd b. ʿAlī al-Ẓāhirī, Abū Bakr b. al-Mundhir, Abū ʿUmar b. ʿAbd al-Barr et Abū Muḥammad b. Ḥazm, ainsi que par la majorité des juristes mālikites, shāfiʿites et ḥanbalites. La plupart d’entre eux suivent le ḥadith de Laylâ bint al-ʿAjmāʾ et considèrent qu’il s’agit d’un serment nécessitant expiation, tout en demeurant en désaccord sur la question de l’affranchissement, à l’exception d’Ibn Jarīr, de Dāwūd et d’Ibn Ḥazm : ceux-ci soutiennent qu’il n’y a là rien de juridiquement valable, absolument rien. Néanmoins, ces mêmes savants ont transmis, au sujet du serment prononcé par l’affranchissement, des rapports provenant des Compagnons, de même qu’ils ont rapporté d’eux l’expiation afférente au serment prononcé par un vœu. Il apparaît donc que cette transmission est authentiquement établie auprès de ceux qui la soutiennent comme de ceux qui la contestent, puisque ces derniers eux-mêmes l’admettent.