Il (Abû Thawr) comptait parmi les plus célèbres mujtahid de l’époque de l’imâm Aḥmad et des autres, et il était également l’un des plus renommés pour fonder ses démonstrations sur ces prétendus consensus. Lorsqu’on interrogeait Aḥmad au sujet de ce qu’il affirmait, lui ou d’autres, il répondait :
« Quiconque prétend l’existence d’un consensus a menti. »
De là, ni Aḥmad, ni Isḥâq, ni Abû ʿUbayd, ni leurs semblables n’ont jamais revendiqué de consensus à ce propos. Tout au plus, pour ce qui concerne l’affranchissement, Aḥmad se contentait d’en rapporter l’avis de certains Compagnons, qu’il confrontait ensuite à d’autres traditions transmises d’eux dans la même question.
Quant au divorce, ni Aḥmad ni aucun des imâms – qu’il s’agisse des quatre ou des autres – n’ont transmis ne fût-ce qu’un seul mot des Compagnons laissant entendre que le divorce assorti d’un serment prend effet, et ce malgré l’extrême sollicitude qu’il accordait, à l’instar de ses pairs, aux récits des Compagnons, lui qui était des plus ardents à les connaître et à les suivre. Il disait :
« La science consiste à mettre par écrit ce qui est parvenu du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — et de ce qui est parvenu des Compagnons ; quant aux Successeurs, tu es libre de choisir. »
Dans une autre version : « … puis ce qui est parvenu des Successeurs. »(1)
Il disait encore :
« Jamais les gens n’ont discuté d’une question sans que les Compagnons ne s’y soient déjà exprimés, soit à son sujet, soit à propos de son équivalent. »(2)
Et il en est bien ainsi [40/b] : certes, les Compagnons — qu’Allah les agrée —, s’ils ne se sont pas exprimés sur le serment impliquant le divorce, se sont prononcés sur une question analogue, à savoir le serment entraînant l’affranchissement et le vœu. Si Aḥmad ou un autre avait possédé un quelconque récit des Compagnons concernant le serment lié au divorce, il l’aurait mentionné et aurait établi l’analogie avec l’affranchissement. Mieux encore, lorsque l’on questionna Aḥmad au sujet du divorce différé, il ne détenait des Compagnons aucun texte, hormis celui rapporté d’Abû Dharr(3) à propos de l’affranchissement différé(4), et il assimila le divorce différé à ce dernier.