On vous dira :
Cet argument, et ceux de même nature qui visent les réponses du répondant, ne saurait en aucune manière constituer pour vous une preuve dans la présente question ; il ne peut au mieux servir qu’à réfuter son raisonnement. Or, même sous cet angle, il ne s’agit pas d’une réplique recevable : en effet, les deux prémisses que vous avez évoquées dans votre réponse sont manifestement viciées (1). Ibn Taymiyya ne fonde nullement l’essentiel de son argumentation sur l’analogie avec l’affranchissement, et vous n’avez exposé entre les deux cas aucune différence juridiquement pertinente. Bien au contraire, vous reconnaissez vous-même la nullité de la distinction invoquée et admettez que, quand bien même l’un des Compagnons l’aurait formulée, il aurait, en cela, commis une erreur.
Quant à la première prémisse, il est notoire que la question de l’affranchissement fait l’objet d’une controverse fameuse : les quatre imâms, entre autres, en débattent, et certains sont même allés jusqu’à prétendre qu’il existait un consensus quant à la survenue de l’affranchissement conditionné par serment. Comment cela pourrait-il donc servir de preuve ? Au contraire, si l’on entend assimiler le divorce à l’affranchissement, il importe d’établir la règle dans le cas de référence à l’aide d’une preuve probante.
Par ailleurs, le répondant s’est appuyé sur le Livre et la Sunna ; leur valeur probante réside, d’une part, dans la portée générale explicite de l’adresse — ce qui constitue l’un des arguments textuels les plus manifestes — et, d’autre part, dans la généralité du sens opérant dans toutes les situations semblables. Il s’agit là du summum de ce sur quoi l’on peut fonder les jugements juridiques : la Révélation ne peut, en effet, mentionner chaque cas particulier. Le Législateur a été envoyé avec des paroles concises et englobantes, qui, en un seul énoncé, rassemblent des catégories et des individus multiples, comme il a dit :
« J’ai été envoyé avec les paroles concises et globales » (2).
Lorsqu’on l’interrogea au sujet des ânes domestiques (3), il répondit : « Il ne m’a été révélé, à leur propos, que cette āya unique et englobante : {Quiconque aura fait le poids d’un atome de bien le verra (7) ; et quiconque aura fait le poids d’un atome…}»