Il s’abstient de faire advenir la conséquence, même si la condition se réalise ; tel est le jurant.
Les maîtres de la langue et les Compagnons – tels ʿĀṣim et d’autres – l’ont compris (1) correctement ; ce qu’ils ont saisi correspond à l’exigence de la langue et de la Loi, et personne ne l’a contesté. Quant à celui qui assimile cette implication à l’intention d’une formulation conditionnelle employée pour le serment, il impose langue et Loi par un raisonnement vicié : il met sur le même plan ce que l’on veut voir se produire et ce que l’on ne veut pas voir se produire, et il traite celui qui désire réaliser l’acte comme celui qui s’en abstient. Ainsi contredit-il les Compagnons, les Successeurs et la majorité des savants, lesquels considèrent que celui qui se refuse à la fois à la condition et à la conséquence est un jurant et tiennent un tel conditionnement pour un serment – contrairement au cas où l’on veut l’effectivité, surtout lorsqu’on vise expressément la condition, comme dans les deux récits.
Dans l’un d’eux, il est question d’un affranchissement ; dans l’autre, d’une garantie de sécurité excluant le meurtre s’ils descendent, et non de son affirmation. C’est comme s’il disait : « Si vous descendez vers nous et que nous tuons l’un d’entre vous, nous sommes alors dégagés vis-à-vis d’Allah » ; il s’agit là d’un serment portant précisément sur le meurtre.
Or, lorsqu’un serment porte sur des pactes conclus entre les gens, il devient obligatoire ; il n’est permis ni de le violer ni de l’expier, selon l’accord unanime. Il en est ainsi du serment lié au vœu, comme dans la parole du Très-Haut :
« Parmi eux, il en est qui ont fait alliance avec Allah : “S’Il nous accorde de Sa faveur, nous ferons certes l’aumône et nous serons assurément du nombre des vertueux.” Mais lorsqu’Il leur accorda de Sa faveur, ils en furent avares, se détournèrent et s’éloignèrent. Aussi fit-Il naître l’hypocrisie dans leurs cœurs jusqu’au jour où ils Le rencontreront, pour avoir manqué à Allah ce qu’ils Lui avaient promis et parce qu’ils mentaient. » (at-Tawbah, 75-77)
Leur engagement envers Allah – « S’Il nous accorde de Sa faveur, nous ferons l’aumône et nous serons du nombre des vertueux » – est analogue au pacte que conclurent ceux qui firent face à la troupe de ʿĀṣim : « Si vous descendez vers nous, nous ne tuerons aucun d’entre vous. » Le premier est un vœu envers Allah renforcé par un serment ; le second constitue une réconciliation et une trêve.