Il ne s’agit donc pas d’une autre proposition qui ne lui serait pas venue à l’esprit ; l’examen détaillé de cette question appartient à un autre endroit (1).
Le propos, ici, est que la condition peut être tantôt placée en tête, tantôt retardée, mais que ce qui y est nié devient affirmé dans la tournure du serment, et que ce qui y est affirmé devient nié. Ainsi, celui qui veut inciter son esclave à agir dit : « Si tu fais cela, tu es affranchi », tout comme il dirait : « Si tu me donnes mille (dirhams), tu es affranchi », ou : « Si tu tues mon ennemi un tel, tu es affranchi ». De même, Jubayr b. Muṭʿim (2) déclara à son esclave Wahshî : « Si tu tues Ḥamza, tu es affranchi ». Tout cela appartient au domaine du « suspens » (taʿlīq) dans lequel sont visés à la fois la condition et la rétribution, comme la parole de celui qui fait un vœu : « Si Allah guérit mon malade, mon esclave est affranchi ». Il s’agit là de la mise en œuvre de l’affranchissement à l’apparition de la qualité ; il ne s’agit nullement d’un serment d’affranchissement, selon l’avis de tout homme sensé, qu’il soit juriste ou non.
En effet, celui qui prête serment déteste deux réalités existentielles : il déteste la condition et il déteste, pour lui, la conséquence. Ainsi dit-il : « Si je parle à un tel, mes esclaves seront affranchis et mes épouses répudiées ».
Et lorsque la condition est négative, comme l’a dit Laylâ bint al-ʿAjamāʾ : « Si je ne vous sépare pas l’un de l’autre, tout esclave que je possède est libre, je devrai marcher à pied, et je serai un jour juive, un jour chrétienne », la condition consiste en l’absence de ces choses ; elle hait cette absence et désire l’existence de son contraire, à savoir la séparation. Ainsi, la condition, dans le serment, est toujours détestée, et la conséquence l’est également : si la condition est positive, on en hait la réalisation et l’on souhaite son inexistence ; si elle est négative, on en hait l’inexistence et l’on souhaite son existence, tandis que la conséquence demeure détestable, même si la condition se réalise.
Sa parole : « Si tu tues mon ennemi un tel, tu es affranchi » est semblable à celle de l’employeur de Wahshî qui lui dit : « Si tu tues… »