« Si vous me cachez quoi que ce soit, je serai quitte de toute responsabilité à votre égard. »
Or, un propos de cette nature ne relève pas, selon les juristes, de l’énoncé : « lorsqu’un homme prête serment dans l’intention d’inciter ou de dissuader », car il ne s’appelle, en aucun cas, un serment. Ils ne l’intègrent pas non plus dans les termes d’incitation (ḥaṭṭ) et de dissuasion (manʿ) qu’ils emploient(1) à propos des serments, bien qu’en langue arabe on puisse y voir une dissuasion ; il s’agit en effet d’une dissuasion entre deux parties qui a reçu, pour cela, une appellation spécifique.
De même, si la clause suspendue est formulée comme une invocation contre autrui, il n’y a pas là de serment ; ainsi quelqu’un dira : « Si tu me fais du tort, qu’Allah se venge de toi ; si tu ne me rends pas mon droit, qu’Allah le reprenne Lui-même », et autres paroles semblables. Il s’agit alors d’une condition dont le contenu n’est pas visé pour lui-même ; l’orateur veut simplement obtenir son droit, et ce n’est pas un serment. Il en va différemment lorsque l’invocation vise sa propre personne, comme lorsqu’il dit : « Si je ne te rends pas ton droit, qu’Allah me coupe la main et le pied » ; voilà bien un serment, qu’il requière ou non une expiation.
Il en est de même des expressions de menace, telles que la parole du Très-Haut :
« Et si vous vous détournez, Il vous remplacera par un autre peuple qui ne sera point comme vous » (Muḥammad, 38),
« Et si vous recommencez, Nous recommencerons » (Al-Anfâl, 19),
« Quiconque aura fait le poids d’un atome de mal le verra » (Az-Zalzalah, 8).
Personne n’a soutenu qu’il s’agissait là de serments.
Quant à la parole du Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — : « Qu’Allah ne me secoure pas si je n’accorde pas le secours aux Banû Bakr »(2), elle constitue un serment. Il en va de même de celui qui déclare : « Si je ne fais pas telle chose — ou si je la fais — alors tout esclave que je possède est affranchi, toute épouse est répudiée, il m’incombe d’accomplir trente pèlerinages, et tous mes biens sont donnés en aumône » : cela est un serment.