Et lorsqu’il prête serment en employant cette forme conditionnelle et dit : « Par Allah, s’il y avait dans les deux (ciel et terre) des divinités autres qu’Allah, ils eussent certes sombré dans la ruine ; par Allah (1), si Allah avait su en eux quelque bien, Il leur aurait certes fait entendre [la vérité] ; par Allah, si Allah avait voulu, Il aurait certes guidé tous les hommes », il ne jure pas sur l’existence réelle de la conséquence ; il jure qu’elle existerait dans le cadre d’une hypothèse qu’il tient pour inexistante.
Il en va de même dans les conditionnelles à caractère injonctif : bien qu’il ait rendu la conséquence inséparable de la condition posée, en formulant son serment il éprouve une aversion absolue pour cette conséquence nécessaire ; il n’entend pas qu’elle devienne effective, que la condition se réalise ou non. De même, dans la première catégorie, il n’a nullement affirmé la réalité de la condition ; il la nie de façon catégorique, que la conséquence existe ou non. Ainsi, dans la phrase informative conditionnelle, il nie la condition et établit son inexistence par l’inexistence de la conséquence ; il peut toutefois arriver que la conséquence se produise à un autre moment sans que la condition existe, car (2) de l’existence de la condition découle nécessairement celle de la conséquence, laquelle n’est qu’un indice, or tout indice n’est pas convertible.
Quant à la phrase conditionnelle injonctive, il déteste la conséquence d’une répugnance totale ; il ne la veut ni dans l’hypothèse où la condition existerait ni dans celle de son absence. Son intention est plutôt de haïr la condition afin de s’abstenir de la réaliser en s’abstenant de la conséquence ; l’abstention de la conséquence demeure donc acquise. De même, malgré la négation de la condition dans la phrase informative, sa volonté peut changer et il peut désirer la condition sans vouloir la conséquence. Si son serment ne comporte aucun moyen de dissolution (taḥilla), la conséquence devient alors inéluctable, quand bien même il la déteste et ne la souhaite pas ; il se peut ainsi que la conséquence, c’est-à-dire le résultat, se réalise.
C’est ce qu’indique la parole du Très-Haut :
« Si Allah avait su en eux quelque bien, Il leur aurait certes fait entendre [la vérité] ; et s’Il les avait fait entendre, ils se seraient détournés en s’écartant » (Al-Anfâl, 23).
Le sens en est : si Allah avait su en eux quelque bien, Il leur aurait fait entendre d’une audition de compréhension ; et s’Il leur faisait entendre une telle audition sans avoir su en eux quelque bien, ils se détourneraient tout en restant réfractaires. Leur audition compréhensive constitue ici la conséquence ; or la conséquence peut se produire sans la condition : l’audition peut avoir lieu sans qu’Allah ait su en eux quelque bien, mais lorsqu’elle survient, ils se détournent en tournant le dos.