S’il subordonne la chose à une condition qu’il souhaite voir ne pas se réaliser, il ne veut alors ni l’invocation elle-même ni ce qui en fait l’objet ; bien au contraire, il est l’une des personnes les plus hostiles et les plus éloignées de la volonté de formuler une telle prière et de solliciter ce qu’elle implique. En réalité, il est impossible, par nature, qu’un être humain désire de si grands préjudices, lesquels entraînent la ruine totale en matière de religion, de vie présente et d’au-delà. Quiconque admet qu’un homme puisse vouloir tout ce qui lui porte atteinte ignore la véritable nature de l’être humain.
Ainsi, certains égarés imaginent que celui qui s’est anéanti dans la volonté de tout autre qu’Allah – ou dans la contemplation exclusive d’Allah au point de ne rien voir d’autre – en viendrait à ne plus distinguer ce qui le fait souffrir et le lèse de ce qui le réjouit et lui est profitable, et que cet état constituerait pour lui une station permanente. Il s’agit là d’une ignorance de la réalité de l’être vivant et de ses attributs. Il peut, certes, arriver qu’une personne traverse, à l’occasion, un état où elle perd la perception de certaines choses ; toutefois, un tel état n’est ni prescrit ni une cause de supériorité sur celui qui lui est plus accompli. Il ne figure pas parmi les nécessités de la voie menant à Allah ni parmi ses finalités, comme l’imaginent ces égarés ; il ne s’agit que d’états accidentels touchant certains individus, pour lesquels la personne peut, au mieux, être excusée puisqu’ils surviennent sans qu’elle les ait voulus. Il se peut même qu’elle soit louée pour ce qui accompagne cet état parmi les œuvres qu’Allah – Très-haut – et Son Messager – paix et bénédiction sur lui – agréent, sans que l’absence même de discernement mérite louange. De même, l’être humain est excusé pour la tristesse, la peur et autres sentiments qu’il est incapable de repousser ; on l’excuse et on ne le blâme pas pour son incapacité, mais on ne le loue ni ne l’encense à ce sujet. En revanche, il est loué, encensé et rétribué pour sa patience, pour avoir réprimé les passions de son âme et pour avoir lutté contre elle.
Comme l’a dit le Très-haut :
« Quant à celui qui craint de comparaître devant son Seigneur et qui retient son âme de la passion » (An-Nâziʿât, 40),
et comme l’a dit le Prophète – paix et bénédiction sur lui : « Le combattant (mujâhid) est celui qui lutte contre son âme pour Allah. » (1)
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