Al-Radd ʿalā al-SubkīIbn Taimiya

S’il subordonne la chose à une condition qu’il souhaite voir ne pas se réaliser, il ne veut alors ni l’invocation elle-même ni ce qui en fait l’objet ; bien au contraire, il est l’une des personnes les plus hostiles et les plus éloignées de la volonté de formuler une telle prière et de solliciter ce qu’elle implique. En réalité, il est impossible, par nature, qu’un être humain désire de si grands préjudices, lesquels entraînent la ruine totale en matière de religion, de vie présente et d’au-delà. Quiconque admet qu’un homme puisse vouloir tout ce qui lui porte atteinte ignore la véritable nature de l’être humain.

Ainsi, certains égarés imaginent que celui qui s’est anéanti dans la volonté de tout autre qu’Allah – ou dans la contemplation exclusive d’Allah au point de ne rien voir d’autre – en viendrait à ne plus distinguer ce qui le fait souffrir et le lèse de ce qui le réjouit et lui est profitable, et que cet état constituerait pour lui une station permanente. Il s’agit là d’une ignorance de la réalité de l’être vivant et de ses attributs. Il peut, certes, arriver qu’une personne traverse, à l’occasion, un état où elle perd la perception de certaines choses ; toutefois, un tel état n’est ni prescrit ni une cause de supériorité sur celui qui lui est plus accompli. Il ne figure pas parmi les nécessités de la voie menant à Allah ni parmi ses finalités, comme l’imaginent ces égarés ; il ne s’agit que d’états accidentels touchant certains individus, pour lesquels la personne peut, au mieux, être excusée puisqu’ils surviennent sans qu’elle les ait voulus. Il se peut même qu’elle soit louée pour ce qui accompagne cet état parmi les œuvres qu’Allah – Très-haut – et Son Messager – paix et bénédiction sur lui – agréent, sans que l’absence même de discernement mérite louange. De même, l’être humain est excusé pour la tristesse, la peur et autres sentiments qu’il est incapable de repousser ; on l’excuse et on ne le blâme pas pour son incapacité, mais on ne le loue ni ne l’encense à ce sujet. En revanche, il est loué, encensé et rétribué pour sa patience, pour avoir réprimé les passions de son âme et pour avoir lutté contre elle.

Comme l’a dit le Très-haut :
« Quant à celui qui craint de comparaître devant son Seigneur et qui retient son âme de la passion » (An-Nâziʿât, 40),

et comme l’a dit le Prophète – paix et bénédiction sur lui : « Le combattant (mujâhid) est celui qui lutte contre son âme pour Allah. » (1)

Et pour développer davantage cette question

(1) Rapporté littéralement par al-Tirmidhî dans son al-Jâmi‘ (n° 1621) : « al-mujâhid man jāhada nafsahu » (« Le combattant est celui qui lutte contre lui-même »), qu’il qualifie de ḥasan ṣaḥîḥ, et par al-Nasâ’î dans al-Kubrâ (n° 11794) d’après Faḍâla b. ʿUbayd (qu’Allâh l’agrée). Il apparaît aussi dans le Musnad d’imâm Aḥmad (t. 39, pp. 375, 381, 386, 387) avec des compléments analogues : « li-llâh », « fî-llâh », « fî ṭâ‘atillâh », « fî sabîlillâh ». Quant à la formule mentionnée par l’auteur avec l’ajout « fî dhâtillâh », elle se trouve chez al-Ḥakîm at-Tirmidhî dans Nawâdir al-Uṣûl (t. 4, p. 149) sans chaîne de transmission – il se contente de noter : « On a rapporté du Messager d’Allâh (ṣ) » – puis en donne le texte. Ibn Taymiyya la considère comme thâbita (authentique) (Majmû‘ al-Fatâwâ, t. 10, p. 635 ; t. 14, p. 460).
إذا كان معلقًا بالشرط الذي يريد عدَمَه فهو لم يرد الدعاء ولا المدعو به؛ بل هو من أبغض الناس وأبعدهم عن إرادة هذا الدعاء والطلب، وعن إرادة المطلوب المدعو به؛ بل يمتنع في الطبيعة أنْ يريد البشر مثل هذه المضار العظيمة المستلزمة لغاية الضرر في الدين والدنيا والآخرة، ومَنْ جَوَّزَ على البشر أنْ يريد الإنسان كلَّ ما يضره فهو جاهل بحقيقة الإنسان. كما يظن بعض الغالطين أنَّ صاحب الفناء عن إرادة ما سوى الحق، أو شهود ما سواه ينتهي إلى ألا يُفرِّق بين ما يؤلمه ويضره وبينَ ما يَلَذُّهُ وينفعه، ويبقى هذا له مقامًا ثابتًا، فإنَّ هذا جهلٌ بحقيقة الحي وصفات الحي؛ بل قد يعرض له ــ أحيانًا ــ حالٌ يغيب فيها عن الإحساس ببعض الأشياء مع أنَّ هذه ليست مما يؤمر بها، ولا يكون صاحبها بها أفضل ممن هو أكملُ منه، وليست هذه الحال من اللوزام لمن سلكَ طريقَ الله ولا غاية له، كما يظن هذا وهذا بعض الغالطين، ولكنَّها أمورٌ عارضةٌ لبعضِ الناس، وغايتُهُ أنْ يكونَ فيها معذورًا حصولها له بغير اختيارِهِ، وقد يُحمد على ما يقترن بها مما يُحبه الله ــ تعالى ــ ورسوله - صلى الله عليه وسلم - لا أنَّ نفسَ عدمِ التمييز مما يحمد صاحبه عليه، كما يعذر الإنسان على ما يجده من الحزن والخوف ونحو ذلك مما لا يمكنه دفعه عن نفسهِ، فيعذر ولا يُذَم لعجزه لا أنه يحمد ويمدح على ذلك؛ بل يحمد ويمدح ويؤجر على صبره ونهيه نفسه عن الهوى، ومجاهدتِهِ لنفسه عن الهوى؛ كما قال تعالى: {وَأَمَّا مَنْ خَافَ مَقَامَ رَبِّهِ وَنَهَى النَّفْسَ عَنِ الْهَوَى} [النازعات: ٤٠] ، وقال النبي - صلى الله عليه وسلم -: «المجاهد من جاهد نفسه في ذات الله» (١) ، ولبسط هذه
(١) أخرجه بلفظ: «المجاهد من جاهد نفسه» الترمذي في جامعه (١٦٢١) وقال: حديثٌ حسنٌ صحيحٌ، والنسائي في الكبرى (١١٧٩٤) من حديث فَضَالة بن عبيد - رضي الله عنه -. وقد جاء في مسند الإمام أحمد (٣٩/ ٣٧٥، ٣٨١، ٣٨٦، ٣٨٧) بزيادة ألفاظ مقاربة «لله» «في الله» «في طاعة الله» «في سبيل الله». أما اللفظ الذي ذكره المؤلف بزيادة «في ذات الله» فهو عند الحكيم الترمذي في نوادر الأصول (٤/ ١٤٩) دون إسناد، وإنما قال: وروي عن رسول الله - صلى الله عليه وسلم - ثم ذكره. وقال عنه ابن تيمية في مجموع الفتاوى (١٠/ ٦٣٥)، (١٤/ ٤٦٠): ثابت.

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