Quant au serment, les deux éléments – la condition et la sanction – ne sont nullement voulus, mais bel et bien détestés de celui qui jure ; il s’abstient de l’un comme de l’autre. Toutefois, son aversion pour la sanction est plus forte et plus durable que celle qu’il éprouve à l’égard de la condition. Il a néanmoins lié la sanction à la condition et l’a rendue inséparable de celle-ci, afin que l’obligation de supporter cette sanction honnie devienne pour lui une barrière, un frein et une défense contre l’accomplissement de la condition. Il hait donc la sanction et s’en abstient avec une aversion complète et constante, et il ne l’a rattachée qu’à quelque chose qu’il n’exècre que d’une aversion accidentelle et légère.
Or, ce qui est détesté, les gens le fuient, le repoussent et l’écartent d’eux-mêmes ; ainsi, chaque fois qu’il se tient loin de ce détestable supérieur, le repoussant et l’écartant, il fuit en même temps ce qui en dépend, à savoir la condition, laquelle se trouve dès lors repoussée et éloignée de lui. Son intention est précisément d’éloigner et d’écarter cette condition, parce qu’elle (1) entraîne immanquablement ce qui est, pour lui, encore plus lointain et plus abhorré. En effet, la conséquence du lien ainsi établi est que, si se réalise l’élément dont dépendent les autres – la condition honnie –, se réalisera également ce qui lui est associé – la sanction –, et celle-ci est l’objet d’une aversion plus forte et plus durable encore ; et cela est, pour lui, extrêmement lointain. Inversement, si le corollaire – la sanction – disparaît, disparaît également le principe – la condition. Ainsi, tous deux sont, à ses yeux, repoussés et éloignés, détestés et exclus de sa volonté : il ne veut ni l’un ni l’autre, quand bien même le premier se produirait.
C’est semblable au cas de celui qui, s’étant mis en colère contre l’un de ses compagnons et voulant l’éloigner, le livre à son ennemi, qu’il déteste encore davantage. Cet ennemi s’empare de lui, et il n’est plus possible de le délivrer si ce n’est par la venue de cet ennemi, par exemple lorsque le compagnon aurait apostasié chez eux et qu’ils le soutiennent. Si l’on réclamait alors son retour, il ne reviendrait qu’accompagné des mécréants ; or jamais il n’acceptera que des mécréants belligérants pénètrent en terre d’Islam et s’en emparent. Il se peut cependant qu’il se soit finalement apaisé à l’égard de son compagnon et souhaite désormais le soustraire aux mains des mécréants pour qu’il émigre vers lui sans eux, mais cela est devenu impossible, les mécréants le retenant et s’accrochant à lui. Il ne reste donc plus moyen d’obtenir ce concomitant désormais désiré – après qu’il eut été honni et détesté – si ce n’est au prix de ce détestable même.