ou encore : « Par Allah, j’accomplirai trente pèlerinages ». Il s’agit là d’une suspension, à la manière d’un serment, d’un vœu et d’un serment tout à la fois ; on y trouve donc un serment enchâssé dans un autre serment.
Ainsi, lorsqu’il dit : « Si je voyage avec vous, par Allah, j’accomplirai trente pèlerinages », cette parole renferme deux serments : le premier porte sur le fait qu’il ne voyagera pas, et le second sur le fait que, s’il voyage, il accomplira le ḥajj. Il en va de même de toutes les suspensions dont l’intention est le serment.
De même, si la chose suspendue est un vœu, un divorce, un ẓihār ou une interdiction, et qu’il dise : « Si je voyage avec vous, il m’incombe d’accomplir le ḥajj », ou : « il m’incombe de divorcer », ou : « ma femme m’est comme le dos de ma mère », etc., cela ressemble à la formule : « Par Allah, j’accomplirai le ḥajj », ou : « je divorcerai », ou : « je pratiquerai le ẓihār ». Dans le premier cas, c’est l’acte même — vœu, divorce ou affranchissement — qui est suspendu, tandis qu’ici, c’est le serment de le réaliser qui est suspendu(1). Dans les deux hypothèses, l’intention est soit d’inciter à l’acte, soit de l’en empêcher, et le vœu est lui-même un serment. La suspension comporte donc deux serments, d’où la présence de deux parjures : le premier, lorsque la condition se réalise, dont la conséquence est soit l’expiation, soit l’exécution de ce qu’il a promis ; le second, lorsque la condition est remplie mais que l’exécution fait défaut, et ce second parjure entraîne nécessairement l’expiation.
De la même manière, lorsqu’il dit : « Si je voyage, par Allah je te divorcerai durant ce mois » ou : « Il m’incombe de te divorcer durant ce mois », on trouve également deux parjures : le premier, s’il voyage, l’oblige soit à divorcer, soit à expier ; le second, s’il voyage mais ne la répudie pas au cours de ce mois, oblige à l’expiation de façon catégorique.
Il en va ainsi de toutes les suspensions ayant pour but le serment. Qui saisit cela percevra la réalité de la question et comprendra d’où provient l’erreur de celui qui n’en a saisi que certains aspects. L’auteur de l’objection a remarqué ce que nous venons d’exposer et l’a bien exprimé ; c’est même l’un des meilleurs points qu’il a soulevés dans sa critique. Toutefois, il n’a pas osé l’approfondir, si bien que ce point invalide toutes ses autres objections contre le répondant. Quiconque en prend conscience connaît alors la véritable nature de la question.
(1) Ici, ce qui est suspendu est le serment d’accomplir l’acte, et non l’acte lui-même, comme dans le cas précédent.