Cheikh al-Islâm Ibn Taymiyya – qu’Allah lui fasse miséricorde – commente : « L’expression laisse entendre que le Prophète ﷺ était installé sous une tente durant le voyage : il retarda alors la prière du ẓuhr (midi), sortit et accomplit le ẓuhr et le ʿaṣr (après-midi) réunis ; puis il rentra sous son abri, en ressortit et célébra ensemble le maghrib (coucher du soleil) et le ʿishâʾ (nuit). En effet, les verbes “entrer” et “sortir” ne s’emploient que pour celui qui séjourne dans un logement, tandis que pour le voyageur qui est en marche on dira plutôt : “il fit halte” ou “il reprit la route”.
Cette indication montre que le Prophète ﷺ regroupait parfois les prières quand il voyageait, et parfois ne les regroupait pas ; cette dernière option fut même la plus fréquente au cours de ses déplacements. Il ressort donc que le regroupement n’est pas, comme la réduction (al-qaṣr), une pratique inhérente au voyage ; on n’y recourt qu’en cas de besoin, que l’on soit en voyage ou en séjour, car le Prophète ﷺ l’a aussi pratiqué en résidence pour ne pas mettre sa communauté dans la gêne.
Ainsi, le voyageur regroupe ses prières lorsqu’une nécessité l’impose : soit parce qu’il sera encore en route durant l’horaire de la seconde prière ; soit parce qu’il se trouve dans le premier horaire et qu’il lui serait pénible de s’arrêter ; soit encore, bien qu’installé, pour une autre raison, telle la fatigue ou le besoin de sommeil et de repos aux heures du ẓuhr et du ʿishâʾ. Il se peut qu’il fasse halte à l’heure du ẓuhr exténué, privé de sommeil, affamé et en quête de repos, de nourriture et de sommeil ; il repoussera alors le ẓuhr jusqu’au ʿaṣr, puis, pour la même raison, avancera le ʿishâʾ avec le maghrib afin de pouvoir se coucher aussitôt après. »