à la suppression d’un devoir, à l’interdiction de ce qu’Allah a rendu licite, ou à l’affirmation mensongère concernant Allah – Très-haut – ou Sa création, la communauté se serait alors trouvée décrite comme prescrivant le blâmable (munkar) et proscrivant le convenable (maʿrûf), c’est-à-dire la bonne parole et l’œuvre vertueuse. Le verset implique même que tout ce que la communauté n’ordonne pas ne relève pas du convenable, et que tout ce qu’elle ne proscrit pas ne relève pas du blâmable.
Or, puisqu’elle ordonne tout convenable et interdit tout blâmable, comment serait-il possible qu’elle ordonne unanimement un blâmable ou qu’elle interdise unanimement un convenable ? De la même manière qu’Allah – exalté soit-Il – a affirmé qu’elle ordonne le bien et interdit le mal, Il a rendu cette mission obligatoire à titre collectif en disant :
« Qu’il soit parmi vous une communauté qui appelle au bien, qui ordonne le convenable et qui interdit le blâmable ; et ce sont eux les bienheureux. » (sourate Âl ʿImrân, 3 : 104)
Lorsque le Très-Haut a annoncé que, de cette communauté, émaneraient l’ordre du convenable et l’interdiction du blâmable, il n’a pas posé comme condition que la parole de celui qui ordonne ou de celui qui interdit parvienne à chaque personne responsable dans le monde. Un tel critère n’est même pas exigé pour la transmission du message prophétique ; comment le serait-il pour ce qui en constitue un prolongement ? La condition est plutôt que les personnes responsables puissent y avoir accès. S’ils manquent ensuite de faire l’effort nécessaire pour y accéder, alors que celui qui ordonne ou interdit a accompli son devoir, la négligence vient d’eux, non de lui.
De la même façon, l’ordre du bien et l’interdiction du mal ne sont pas imposés à chaque individu en particulier ; il s’agit d’une obligation collective, comme le montre le Coran. Le jihâd, qui complète cette obligation, relève du même statut : si personne ne s’en acquitte, tout capable encourt le péché à proportion de sa capacité, car il est obligatoire à chaque être humain selon la mesure de ses moyens.