et que la Parole d’Allah demeure la plus haute, afin qu’ils ne soient pas séduits par le genre des passions ; or ils sont déjà tombés dans une tentation plus grave que celle dont ils prétendaient se détourner. Ils n’ont d’autre obligation que de s’acquitter du devoir et de délaisser l’interdit, ces deux choses allant de pair.
S’ils ont abandonné cela, c’est que leurs âmes ne se plient à eux qu’à la condition d’accomplir les deux ensemble ou de les délaisser ensemble : tel est le cas de beaucoup de ceux qui aiment la présidence, l’argent et les passions de l’égarement. Lorsqu’ils s’acquittent de ce qui leur incombe en matière d’ordonnance, d’interdiction, de djihâd ou d’exercice de l’autorité, ils ne manquent pas de commettre quelque interdit.
Il lui incombe donc d’examiner laquelle des deux choses l’emporte. Si l’acte ordonné procure une récompense plus grande que celle qui résulte de l’abandon de l’interdit, il ne doit pas délaisser cet acte par crainte qu’y soit associé un mal moindre. Et si le fait de délaisser l’interdit est plus méritoire, il ne doit pas le sacrifier dans l’espoir d’une récompense liée à un devoir de moindre envergure. Il en résultera pour lui un mélange de bonnes et de mauvaises actions ; tel est le principe, dont le détail serait long à exposer.
Tout être humain vivant sur terre doit nécessairement ordonner et interdire ; il n’y échappera pas. Même s’il était seul, il commanderait à sa propre personne et lui interdirait, soit le bien, soit le mal,
comme le Très-Haut a dit :
« Certes, l’âme incite fortement au mal » (s. Yûsuf, v. 53).
L’« ordre » consiste à solliciter et vouloir l’accomplissement d’un acte, et la « défense » à solliciter et vouloir qu’il soit abandonné. Or tout vivant porte en lui volonté et désir qui l’incitent à agir lui-même, et, lorsque cela est possible, à faire agir autrui ; car l’homme est un être qui se meut par sa volonté, et les fils d’Adam ne peuvent subsister qu’en s’assemblant les uns avec les autres,