Et leurs imâms étaient les plus droits dans l’accomplissement du devoir et les plus fermes dans la quiétude : aucune fitna ne survint, car ils demeuraient, pour l’essentiel, au rang de la catégorie médiane.
Or, vers la fin du califat de ʿUthmân puis durant celui de ʿAlî, la troisième catégorie se multiplia ; chez eux s’associèrent passion et doute, tout en conservant la foi et la religion. Le phénomène toucha alors certains gouverneurs comme certains administrés, puis il ne cessa de s’amplifier. Surgit alors la fitna, dont la cause résidait, comme on l’a dit, dans l’absence d’une purification totale de la piété et de l’obéissance chez les deux partis, celles-ci s’étant mêlées à une part de caprice et de désobéissance chez chacun. Chacun d’eux interprétait son action comme un commandement du bien et une interdiction du mal, se persuadant d’être avec la vérité et la justice ; pourtant, dans cette interprétation subsistait une part de passion, un mélange de conjecture et de ce que désirent les âmes, bien que l’un des deux groupes fût plus proche de la vérité que l’autre.
C’est pourquoi le croyant doit implorer le secours d’Allah, placer sa confiance en Lui pour que son cœur demeure droit, qu’il ne s’en écarte point, qu’il soit affermi sur la guidée et la piété et qu’il ne suive pas les passions, ainsi qu’Allah — Exalté soit-Il — a dit :
« Appelle donc à cela et tiens-toi droit comme il t’a été ordonné ; ne suis pas leurs passions. Et dis : “J’ai cru à ce qu’Allah a fait descendre comme Livre, et j’ai reçu l’ordre d’être équitable entre vous. Allah est notre Seigneur et votre Seigneur.” »
(Sourate ach-Chourâ, verset 15)
Tel est aussi l’état de la communauté dans tout ce en quoi elle s’est scindée et a divergé quant aux doctrines et aux cultes. En ces affaires, l’épreuve qui frappe les croyants devient énorme ; ils ont alors besoin de deux choses :
- Repousser loin d’eux la fitna — religieuse ou mondaine — qui a frappé leurs semblables, alors même que les causes de celle-ci existent, car ils portent en eux des âmes