mais le monde islamique, après avoir été envahi par l’Europe sur les plans politique et culturel, s’est soumis à ces chauvinismes – fondés sur le sang, la race et la nation – et y croit comme à une théorie scientifique, une vérité établie, une réalité inéluctable. Ses peuples se sont mis, d’un élan surprenant, à ranimer ces passions qu’Islam avait éteintes, à les célébrer, à remettre en vigueur leurs emblèmes et à se glorifier d’une époque antérieure à l’islam, qu’il s’empresse pourtant de qualifier de jâhiliya (l’ère d’ignorance). Allah a pourtant gratifié les musulmans de la délivrance de cet état et les a exhortés à remercier pour ce bienfait.
Il est donc naturel que le croyant n’évoque cette jâhiliya, lointaine ou récente, qu’avec répulsion, aversion, dégoût et un frisson de rejet. Un prisonnier tourmenté, lorsqu’il recouvre sa liberté, se souvient-il de ses jours d’incarcération, de torture et d’humiliation sans qu’un frisson ne le saisisse ? Et l’homme rétabli d’une longue et grave maladie qui l’avait presque conduit à la mort, se rappelle-t-il ses jours de souffrance sans que son esprit ne s’assombrisse et que son visage ne pâlisse (1) ? Il faut donc savoir que