Abû Mûsâ al-Ashʿarî, qui nous demanda : « Abû ʿAbd al-Raḥmân est-il déjà sorti vous voir ? » — « Non », répondîmes-nous. Il prit donc place auprès de nous jusqu’à ce qu’il sorte. Lorsqu’Ibn Masʿûd parut, nous nous levâmes tous et l’accompagnâmes. Abû Mûsâ lui dit :
« Ô Abû ʿAbd al-Raḥmân, je viens de voir, tout à l’heure, dans la mosquée une chose que j’ai réprouvée, bien que — louange à Allah — je n’y aie constaté rien d’autre que du bien. »
— « Qu’as-tu vu ? », demanda-t-il.
— « Si tu vis encore quelque temps, tu le verras toi-même. J’ai vu, dans la mosquée, des gens assis en cercles attendant la prière ; dans chaque cercle se trouvait un homme, et ils tenaient des cailloux dans leurs mains. Celui qui les dirigeait disait : “Prononcez le takbîr (Allahou akbar) 100 fois”, et ils le prononçaient 100 fois ; puis il disait : “Prononcez le tahlîl (lâ ilâha illâ Allah) 100 fois”, et ils le prononçaient 100 fois ; puis il disait : “Prononcez le tasbîḥ (subḥân Allah) 100 fois”, et ils le prononçaient 100 fois. »
Ibn Masʿûd lui demanda : « Et qu’as-tu dit à ces gens ? » — « Je n’ai rien dit, répondit-il, attendant ton avis ou ton ordre. »
Ibn Masʿûd répliqua : « Ne pouvais-tu pas plutôt leur dire de compter leurs péchés, tout en leur garantissant qu’aucune de leurs bonnes actions ne serait perdue ? »
Puis il se mit en marche — et nous avec lui — jusqu’à ce qu’il arrive à l’un de ces cercles. Il se tint debout devant eux et dit :
« Qu’est-ce donc que je vous vois faire ? Comptez plutôt vos fautes, car je vous garantis qu’aucune de vos bonnes œuvres ne sera perdue. Malheur à vous, ô communauté de Muhammad ! Que votre perte est rapide ! Ses Compagnons sont encore nombreux et ses vêtements ne sont pas même usés… »