Ils avancent encore l’argument suivant : l’innovation aurait donné naissance à des pratiques que les premières générations n’ont pas désapprouvées, telles que la réunion du Coran en un seul volume, ou la mise par écrit et la compilation des hadiths.
La réponse est que toutes ces démarches possèdent un fondement dans la Loi révélée ; elles ne relèvent donc pas d’une création sans précédent. Quant à la parole de ʿUmar — qu’Allah l’agrée — « Quelle excellente innovation ! », il visait par là l’innovation au sens linguistique, non au sens juridique. En effet, toute chose rattachée à un principe établi de la sharîʿa, et que l’on qualifierait malgré tout d’« innovation », n’est innovante qu’au plan lexical, non religieux. Dans la terminologie religieuse, est innovation ce qui ne repose sur aucun fondement scripturaire.
Or, la collecte du Coran dans un unique codex repose sur un fondement légitime : le Prophète ﷺ ordonnait déjà d’écrire le Coran ; seulement, les passages étaient consignés séparément. Les Compagnons — qu’Allah les agrée — les ont donc rassemblés dans un même muṣḥaf afin d’en assurer la préservation. De même, la prière de tarâwîḥ : le Prophète ﷺ l’accomplit avec ses Compagnons plusieurs nuits, puis s’en abstint par crainte qu’elle ne leur soit rendue obligatoire. Les Compagnons continuèrent à la prier, en petits groupes épars, pendant sa vie puis après son décès, jusqu’à ce que ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb — qu’Allah l’agrée — les réunisse derrière un seul imâm, exactement comme ils s’étaient tenus derrière le Prophète ﷺ. Cela ne constitue donc en rien une innovation dans la religion. La consignation des hadiths, elle aussi, s’appuie sur un fondement