Il ajouta encore, exposant l’excuse des Compagnons qui s’affrontèrent dans la guerre opposant ʿAlî et Muʿâwiya :
Muʿâwiya ne revendiqua pas le califat et personne ne lui prêta serment pour cette charge lorsqu’il combattit ʿAlî ; il ne se battit ni en qualité de calife ni en prétendant y avoir droit, et tous le lui reconnaissaient. Lui-même l’avouait à quiconque l’interrogeait à ce sujet. De même, Muʿâwiya et les siens ne considéraient pas licite d’engager les hostilités contre ʿAlî et ses partisans, ni de prendre le dessus sur eux.
Cependant, lorsque ʿAlî — qu’Allah l’agrée — et ses compagnons estimèrent qu’il leur incombait de lui obéir et de lui prêter allégeance — car les musulmans ne peuvent avoir qu’un seul calife — et constatèrent que Muʿâwiya et ses hommes, puissants et pourvus de forces armées, refusaient de s’acquitter de ce devoir, ʿAlî jugea qu’il fallait les combattre jusqu’à ce qu’ils s’y conforment, afin que l’obéissance et l’unité se réalisent.
Pour leur part, Muʿâwiya et ceux qui l’accompagnaient soutenaient que cette obéissance ne leur incombait pas et que, si l’on les attaquait pour cela, ils seraient les lésés. Ils disaient : « Othmân a été tué injustement — les musulmans en conviennent tous — et ses meurtriers se trouvent dans le camp d’ʿAlî, où ils dominent et disposent de la force. Si nous prêtons serment, ils nous opprimeront et transgresseront contre nous, et ʿAlî est incapable de les repousser, tout comme il n’a pu défendre Othmân. Notre devoir est plutôt de donner l’allégeance à un calife capable de nous rendre justice et de nous accorder réparation. »