Ses compagnons burent et puisèrent (de l’eau) jusqu’à remplir leurs outres. Puis il convoqua les tribus de Quraysh, qui les observaient dans toutes ces circonstances, et leur dit : « Venez au point d’eau, car Dieu nous a abreuvés. » Ils vinrent, burent et puisèrent à leur tour, puis ils déclarèrent : « Par Dieu, le jugement a été prononcé en ta faveur contre nous. Par Dieu, jamais plus nous ne te contesterons à propos de Zamzam. Celui qui t’a permis de boire cette eau en ce désert (1) est bien Celui qui t’a fait boire de Zamzam. Retourne donc à ta fonction d’approvisionneur, avec sagesse. » Il revint, et ils revinrent avec lui. Ils ne se rendirent pas auprès de la prêtresse et le laissèrent s’occuper de Zamzam (2).
Ibn Ishaq dit : « Voilà ce qui m’est parvenu de ‘Alî ibn Abî Tâlib au sujet de Zamzam. » Ibn Ishaq rapporta également : « J’ai entendu quelqu’un relater au nom de ‘Abd al-Muttalib que, lorsqu’il reçut l’ordre de creuser Zamzam, on lui déclama ces vers de rajjaz :
[Vers de rajjaz]
Puis invoque l’eau limpide, non troublée…
elle abreuvera les pèlerins de Dieu en toute circonstance (3),
elle n’inspirera nulle crainte tant qu’elle existera (4).
On raconte alors qu’‘Abd al-Muttalib se rendit auprès de Quraysh après avoir entendu ces mots et leur déclara : « Sachez que j’ai reçu l’ordre de creuser Zamzam. » Ils lui demandèrent : « T’a-t-on indiqué où elle se trouve ? » Il répondit : « Non. » Ils dirent : « Retourne donc te coucher là où tu as eu ta vision. Si cela est de Dieu, Il te le précisera, et si cela vient du diable, il ne reviendra pas te tourmenter. » Il retourna donc s’allonger et s’endormit (5).
On vint alors à lui pour lui dire : « Creuse Zamzam, car si tu la creuses, tu n’auras point à le regretter. Elle est l’héritage de ton plus illustre ancêtre. Elle ne se tarira ni ne sera décriée. Elle abreuvera les pèlerins illustres. Elle est pareille à une autruche féconde qui n’a pas encore été partagée. Celui qui y fait un vœu à un Bienfaiteur s’en acquitte. Elle demeurera un legs et un pacte solide. Elle n’appartient pas à certaines des choses que tu sais. Elle se trouve entre le sang et les excréments (6). »
Ibn Ishaq dit encore : « Ils prétendent que lorsque ‘Abd al-Muttalib entendit cela, il demanda : “Et où se trouve-t-elle ?” On lui répondit : “Près de la fourmilière, là où demain le corbeau picorera. Dieu sait où cela se situe exactement.” Dès le matin, ‘Abd al-Muttalib sortit donc avec son fils al-Hârith – car il n’avait pas d’autre enfant à ce moment-là – et, d’après l’Umawî, avec son serviteur Asram (7). Il trouva la fourmilière et vit le corbeau picorer à cet endroit, entre les deux idoles Isâf et Nâ’ila, auxquelles Quraysh sacrifiait. Il prit sa pioche et se mit en devoir de creuser là où il en avait reçu l’ordre, mais Quraysh vint à sa rencontre et s’exclama (8) : “Par Dieu, nous ne te laisserons pas creuser entre ces deux idoles (9) où nous offrons nos sacrifices !” Alors ‘Abd al-Muttalib dit à son fils…”