Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Je me suis donc endormi, et (1) vint à moi en disant : « Creuse Barra. » Je lui demandai : « Qu’est-ce que Barra ? » Il me répondit (…) puis s’en alla. Le lendemain, je revins à mon couchage et m’endormis à nouveau ; il revint et déclara : « Creuse al-Madnūna (2). » Je lui demandai : « Qu’est-ce qu’al-Madnūna ? » Il me répondit (…) puis s’en alla. Le lendemain encore, je revins à mon couchage, je m’endormis, il revint et dit : « Creuse Zamzam. » Je lui demandai : « Qu’est-ce que Zamzam ? » Il répondit : « Elle ne s’assèche jamais et ne déçoit pas (3). Elle abreuve le grand pèlerinage. Elle se trouve entre le fardh et le sang, au creux du corbeau tacheté (4), près de la colonie de fourmis. »

Lorsque le songe m’eut éclairé sur sa portée, qu’il m’eut indiqué l’endroit précis et que je constatai sa véracité, je partis au matin, muni de ma pioche, accompagné de mon fils al-Hārith ibn ʿAbd al-Muṭṭalib, alors mon unique enfant. Nous creusâmes, et lorsque ʿAbd al-Muṭṭalib aperçut la nappe d’eau (5), il s’écria : « Allah est le Plus Grand ! » À ce signe, Quraysh comprit qu’il avait atteint son but. Ils vinrent à lui en disant : « Ô ʿAbd al-Muṭṭalib, c’est le puits de notre père Ismaïl ; nous y avons notre droit. Associe-nous avec toi. » Il répondit : « Je ne le ferai pas. On m’a accordé ce privilège à l’exclusion de tout autre. » Ils insistèrent : « Sois équitable envers nous, car nous ne te laisserons pas avant de t’assigner devant un juge. » ʿAbd al-Muṭṭalib rétorqua : « Choisissez qui vous voudrez comme arbitre, et je comparaîtrai devant lui. » Ils proposèrent la voyante des Banū Saʿd ibn Hudhaym. Il accepta. Celle-ci résidait aux confins du Shām (Grande Syrie). ʿAbd al-Muṭṭalib prit alors la route avec quelques hommes issus des Banū Umayya, et de chaque clan de Quraysh partirent d’autres hommes.

Ils s’engagèrent sur les grands espaces désertiques de l’époque. Lorsque la provision d’eau de ʿAbd al-Muṭṭalib et de ses compagnons fut épuisée, la soif les saisit au point qu’ils crurent périr. Ils demandèrent à boire aux autres, mais ceux-ci refusèrent en expliquant : « Nous nous trouvons dans un désert, et nous craignons pour nos vies ce qui vous arrive déjà. » Alors ʿAbd al-Muṭṭalib déclara : « Je pense que chacun de vous doit creuser sa propre tombe pendant que vous avez encore la force (6). Ainsi, à mesure que l’un de nous meurt, ses compagnons l’enterrent dans sa fosse, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un seul homme ; la perte d’un seul sera alors moins lourde que celle de tout le groupe (7). » Ils dirent : « Tu as bien parlé. » Ainsi, chacun creusa sa fosse et attendit la mort selon sa destinée (8). Mais ʿAbd al-Muṭṭalib leur dit : « Que nous restions là à accepter la mort sans jamais nous mettre en route pour chercher une issue, voilà un bien grand abandon (9). Avancez, peut-être Dieu nous accordera-t-Il de l’eau en quelque lieu ! Reprenez la route (10). » Ils remontèrent donc en selle. Or, à l’instant même où ʿAbd al-Muṭṭalib fit lever sa monture, une source d’eau douce jaillit sous le sabot de celle-ci. ʿAbd al-Muṭṭalib s’exclama : « Allah est le Plus Grand ! » et ses compagnons en firent de même. Ils mirent alors pied à terre et burent de cette eau.

(1) Dans B : « Je suis retourné et je me suis endormi dans ma couche, puis il est venu à moi. » Il a été dit : Zamzam (Barra) : parce qu'elle a débordé pour les pieux et s'est détournée des pervers. (Al-Rawḍ al-ʾAnf) (2) Elle a été appelée Zamzam (al-Muḍannunah) parce qu'elle a été réservée aux non-croyants. (Al-Rawḍ al-ʾAnf) (3) « Lā tanzif » : son eau ne se vide pas, et son fond ne s’atteint pas. « Wa lā tuthamm » : on ne lui reproche pas un faible débit d’eau. (4) Al-ʾAʿsam parmi les corbeaux : celui qui a du blanc sur ses ailes. Al-Rawḍ al-ʾAnf (1/169), où une interprétation détaillée de ce hadith est donnée. (5) Dans Ṭ : « al-ṭim » (la boue). Il s’agit d’une altération. Al-ṭayy : les pierres qui sont placées sur les côtés du puits. (6) Elle est tombée de B. Dans A : « bakkum ». (7) Ainsi dans A et la Sīra. Dans B et Ṭ : « jamīʿuh » (tous). (8) Dans B : « kull minhum » (chacun d’eux). (9) Dans Ṭ : « li-aṣḥābihi alqaynā bi-aydīnā » (nous avons jeté à ses compagnons de nos mains). (10) Ajout de B et de la Sīra.
فنمت، فجاءني (١) فقال: احفر بَرَّة. قال: قلت: وما بَرَّة؟ قال: ثم ذهب عني، فلما كان الغد رجعت إلى مضجعي فنمتُ، فجاءني فقال: احفر المَضْنُونة (٢) . قال: قلت: وما المضنونة؟ قال: ثم ذهب عني، فلما كان الغد رجعت إلى مضجعي فنمتُ فيه، فجاءني فقال: احفر زمزم. قال: قلت: وما زمزم؟ قال: لا تَنْزِفُ أبدًا ولا تُذَم (٣) ، تسقي الحجيج الأعظم، وهي بين الفَرْث والدم، عند نُقرة الغراب الأَعْصَم (٤) ، عند قرية النمل. قال: فلما بيّنَ لي شأنها، ودلَّ على موضعها، وعَرَف أنه قد صدق، غَدا بمعوله ومعَه ابنُه الحارث بن عبد المطلب، وليس له يومئذ ولد غيره، فحفر، فلما بدا لعبد المطلب الطّي (٥) كَبَّر، فعرفَتْ قريشٌ أنه قد أدرك حاجته. فقاموا إليه فقالوا: يا عبد المطلب، إنها بئر أبينا إسماعيل، وإن لنا فيها حقًا، فأشرِكْنا معك فيها. فقال: ما أنا بفاعل، إن هذا الأمر قد خُصصتُ به دونَكم، وأُعْطيتُه من بينكم. قالوا له: فأنصفنا، فإنا غيرُ تاركيك حتى نخاصمك فيها. قال: فاجعلوا بيني وبينكم مَنْ شئتم أُحاكِمُكم إليه. قالوا: كاهنة بني سعد بن هُذَيْم. قال: نَعَم. وكانت بأشراف الشام، فركب عبد المطّلب ومعه نفرٌ من بني أمية، وركب من كل قبيلة من قريش نفرٌ، فخرجوا والأرض إذ ذاك مفاوز، حتى إذا كانوا ببعضها نفد ماء عبد المطلب وأصحابه، فعطشوا حتى استيقنوا بالهلكة، فاستسقوا مَن معهم، فأبَوا عليهم وقالوا: إنا بمفازة، وإنا نخشى على أنفسنا مثلَ ما أصابكم. [فقال عبد المطلب: إني أرى أن يحفر كلُّ رجلٍ منكم حفرته لنفسه بما لكم] (٦) الآن من القوة، فكلما مات رجل دفعه أصحابُه في حفرته ثمّ واروه حتى يكون آخرُهم رجلًا واحدًا، فضَيْعةُ رجلٍ واحدٍ أيسر من ضيعة ركبٍ جميعًا (٧) . فقالوا: نِعمّا أمرت به. فحفر كلّ رجل (٨) لنفسه حفرة، ثمّ قعدوا ينتظرون الموت عطشًا. ثمّ إن عبد المطلب قال لأصحابه إن إلقاءنا بأيدينا (٩) هكذا للموت لا نضرِب في الأرض، لا نبتغي لأنفسنا لَعَجْزٌ، فعسى أن يرزقنا ماءً ببعض البلاد، ارتحلوا (١٠) فارتحلوا، حتى إذا بَعَثَ عبدُ المطلب راحلته انفجرت من تحت خفها عينُ ماء عذبٍ، فكبّر عبد المطلب، وكبّر أصحابُه، ثمّ نزل فشرب
(١) في ب: رجعت فنمت في مضجعي فجاءني. وقيل لزمزم (برّة): لأنها فاضت للأبرار، وغاضت عن الفجّار. (الروض الأنف). (٢) سميت زمزم (المضنونة) لأنها ضُنَّ بها على غير المؤمنين. (الروض الأنف). (٣) لا تنزف: لا يفرغ ماؤها، ولا يلحق قعرها. ولا تذم: لا توجد قليلة الماء. (٤) الأعصم من الغربان: الذي في جناحيه بياض. الروض الأنف (١/ ١٦٩)، ففيه تفسير مطول لهذا الخبر. (٥) في ط: الطمي. وهو تحريف. والطي: الحجارة الي تبنى على جوانب البئر. (٦) سقطت من ب. وفي أ: بكم. (٧) كذا في أ. والسيرة. وفي ب، وط: جميعه. (٨) في ب: كل منهم. (٩) في ط: لأصحابه ألقينا بأيدينا. (١٠) زيادة من ب، والسيرة.

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