Ô Messager de Dieu, voici un descendant (sibṭ) des tribus arabes ayant vécu six cents ans, dont cinq âges passés à se dépouiller dans les déserts et les landes, proclamant la glorification à l’exemple du Messie. Nulle demeure ne le fixait, nulle maison ne l’hébergeait et aucun voisin ne profitait de sa présence. Il revêtait des peaux rugueuses (al-amsāḥ), surpassait les ascètes itinérants, et ne délaissait jamais sa vie monastique. Au cours de ses pérégrinations, il se nourrissait d’œufs d’autruche, trouvait sa compagnie parmi les petites bêtes, se complaisait dans l’obscurité, observait pour méditer et réfléchissait pour discerner. Ainsi devint-il un homme dont la sagesse fut célébrée en proverbe, et grâce à qui l’adversité était dissipée.
Il rencontra Simʿān, le chef des disciples, et il fut le premier des Arabes à s’orienter vers la divinité, à proclamer l’unicité, à reconnaître et à adorer, à croire en la Résurrection et au Jugement, et à mettre en garde contre la mauvaise fin. Il ordonna de se hâter dans l’action avant qu’il ne fût trop tard, prêcha la conscience de la mort, se remit au Décret divin qu’il s’agisse de colère ou de satisfaction, visita les tombes, rappela la résurrection, exhorta par la poésie, médita sur le destin, annonça ce qui concerne le ciel et la prospérité, évoqua les étoiles, révéla l’eau, décrivit les mers, reconnut les vestiges anciens, prêcha à cheval, admonesta inlassablement, mit en garde contre la détresse et l’excès de colère, envoya des lettres, mentionna toute chose redoutable. Il fut ferme dans ses discours et explicite dans ses écrits, mit en garde contre les aléas du temps, prévint l’orgueil, magnifia l’importance de la foi, rejeta la mécréance, encouragea la voie hanifite et appela à la divinité de Dieu.
C’est lui qui proclama, le jour de ʿUkāẓ : « Orient et Occident, orphelin et troupe, paix et guerre, sec et humide, salé et doux, soleils et lunes, vents et pluies, nuit et jour, femelles et mâles, terres et mers, grain et plantes, pères et mères, rassemblement et dispersion, signes suivant des signes, lumière et ténèbres, mal et annihilation, Seigneur et idoles : en vérité, les gens se sont égarés. Naissance d’un enfant, enfouissement d’un disparu, éducation d’un moissonné, l’indigent et le riche, le bienfaisant et le malfaisant ! Malheur à qui vit dans l’inattention ! Que l’homme d’action perfectionne son œuvre ! Que celui qui nourrit un vain espoir se ravise ! Non, il n’y a qu’un Dieu unique, qui n’est ni engendré ni engendreur ; Il répète et renouvelle la création, Il fait mourir et rend la vie, Il créa le mâle et la femelle, Maître de la dernière vie comme de la première. »
Or donc, ô gens d’Iyād : où sont Thamūd et ʿĀd ? Où sont les pères et les aïeux ? Où sont le malade et celui qui le visitait ? À chacun est assigné son retour. Quss jure par le Seigneur des serviteurs, Celui qui déploya la terre comme un lit, que vous serez ressuscités, chacun séparément