Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Selon as-Suhaylī, dans son livre « at-Taʿrīf wa-l-Iʿlām »(1), c’est Umayya ibn Abī aṣ-Ṣalt qui fut le premier à dire : « Bismika Allāhumma »(2). Il rapporte à ce sujet une histoire singulière : Umayya partit en voyage avec un groupe de Quraysh, parmi lesquels se trouvait Ḥarb ibn Umayya, le père d’Abū Sufyān. En chemin, ils croisèrent un serpent et le tuèrent. Le soir venu, une femme issue des jinn vint les réprimander pour l’avoir tué. Elle tenait un bâton avec lequel elle frappa le sol, faisant détaler toutes leurs montures, qui se dispersèrent dans tous les sens. Ils ne cessèrent de courir après leurs chameaux jusqu’à les regrouper de nouveau. À peine avaient-ils retrouvé leurs bêtes que la femme des jinn frappa encore une fois la terre et les chameaux s’enfuirent encore ; ils durent alors les poursuivre à nouveau(3).

Devant la difficulté de la situation, ils dirent à Umayya : « Par Dieu, as-tu une solution au problème qui nous accable ? » Il répondit : « Non, par Dieu, mais je vais chercher. » Il s’éloigna dans ce campement, espérant trouver quelqu’un à qui demander conseil sur le malheur qui les touchait. De loin, il aperçut un feu et s’en approcha ; il vit alors un vieillard devant la porte d’une tente, en train d’alimenter le feu. C’était un jinn, de taille extrêmement petite et fort peu avenant. Umayya le salua, puis raconta ce qu’il leur arrivait. Le vieil être lui dit : « Quand elle revient, dites : “Bismika Allāhumma” – elle s’enfuira. »

Lorsqu’ils furent à nouveau réunis et que la femme des jinn reparut une troisième ou quatrième fois, Umayya prononça devant elle : « Bismika Allāhumma. » Alors elle prit la fuite et ne s’approcha plus. Toutefois, les jinn se jetèrent sur Ḥarb ibn Umayya et le tuèrent, tirant vengeance par le biais de ce serpent. Ses compagnons l’enterrèrent sur place, là où il n’y avait ni voisin ni demeure(5). À ce propos, l’un des jinn déclama ces vers (de rajez) :

« Et la tombe de Ḥarb se trouve en un lieu désert,
Il n’est nulle sépulture près de celle de Ḥarb. »(6)

Certains rapportent également qu’Umayya percevait parfois le langage des animaux(7). Ainsi, alors qu’il voyageait en compagnie d’autres personnes, il leur traduisait le chant des oiseaux en disant : « Celui-ci dit ceci ou cela. » Ses amis répondaient : « Nous ne pouvons ni confirmer ni démentir. » Un jour, ils passèrent près d’un troupeau de moutons dont une brebis, accompagnée de son agneau, s’en était détachée. Elle se tourna vers lui et bêla(8), comme si elle l’encourageait à avancer. Umayya déclara : « Savez-vous ce qu’elle lui dit ? » Ils répondirent : « Non. » Il reprit : « Elle lui dit : “Hâtons-nous, de peur que le loup n’arrive et ne te dévore, comme il a dévoré ton frère l’année dernière(9).” » Ils se pressèrent alors et interrogèrent le berger : « Le loup a-t-il dévoré un agneau, l’an passé, à cet endroit ? » Le berger affirma : « En effet(10). »

(1) Al-Taʿrīf wa al-I‘lām bimā ubhima fī al-Qur'ān min al-asmāʾ wa al-a‘lām, publié en Égypte (1356 H - 1938).\n(2) Al-Aghānī (4/123).\n(3) Sa parole : « Hattā raddūhā » n’est pas dans la version B, édition T.\n(4) Dans l’édition T : « fasārū » et le reste de l’information est rapporté au pluriel.\n(5) Dans l’édition T : « qabruhu ».\n(6) Le récit dans Al-Aghānī (4/125-127). Et le vers fait partie des exemples des rhétoriciens sur l’incompatibilité des mots. Al-Bayān wa al-Tabyīn d’al-Jāḥiẓ (1/65) et Dalāʾil al-Iʿjāz (47). (édition critique du Dr al-Dāyya).\n(7) Dans la version B : « kalām ».\n(8) Al-Ṭhaghāʾ : le bêlement des moutons.\n(9) Dans la version B : « kamā akal akhāk fī ».\n(10) Al-Aghānī (4/124) et Mukhtaṣar Tārīkh Dimašq (5/48).
وقد ذكر السهيلي في كتابه "التعريف والإعلام" (١) : أن أمية بن أبي الصلت أول من قال: باسمك اللهم (٢) ، وذكر عند ذلك قصة غريبة، وهو أنهم خرجوا في جماعة من قريش في سَفْرٍ فيهم حرب بن أمية والد أبي سفيان، قال: فمرّوا في مسيرهم بحيَّة فقتلوها، فلما أمسوا جاءتهم امرأة من الجان فعاتبتهم في قتل تلك الحية، ومعها قضيبٌ، فضربت به الأرضَ ضربةً نفرت الإبل عن آخرها، فذهبت وشردت كل مذهب، وقاموا فلم يزالوا في طلبها حتى ردّوها، فلما اجتمعوا جاءتهم أيضًا فضربت الأرضَ بقضيبها، فنفرت الإبل، فذهبوا في طلبها حتى ردوها (٣) ، فلما أعياهم ذلك قالوا: والله هل عندكَ لما نحن فيه من مخرج؟ فقال: لا والله، ولكن سأنظر في ذلك. قال فسار (٤) في تلك المحلّة لعلّه يجد أحدًا يسأله عما قد حلّ بهم من العَناء، إذا نارٌ تلوح على بعد، فجاءها، فإذا شيخٌ على باب خيمة يوقد نارًا، وإذا هو من الجان، في غاية الضآلة والدَّمَامة، فسلّم عليه، فسأله عما هم فيه، فقال: إذا جاءتكم فَقُلْ: باسمك اللهم، فإنها تهربُ، فلما اجتمعوا وجاءتهم الثالثة أو الرابعة قال في وجهها أمية: باسمك اللهم، فشردت ولم يقرّ لها قرار، لكن عَدَت الجِنُّ على حَرب بن أمية فقتلوه بتلك الحية، فقبره (٥) أصحابه هنالك حيث لا جار ولا دار، ففي ذلك يقول الجان: [من الرجز] وقبرُ حربٍ بمكانٍ قفْرُ … ولَيْس قُربَ قبرِ حَربٍ قبرُ (٦) وذكر بعضهم: أنه كان يَتَفَرَّسُ في بعض الأحيان في لغات (٧) الحيوانات، فكان يمر في السفر على الطير فيقول لأصحابه: إن هذا يقول كذا وكذا، فيقولون: لا نعلم صدقَ ما يقول. حتى مرّوا على قطيع غنم قد انقطعتْ منه شاةٌ ومعها ولدها، فالتفتتْ إليه فثَغَتْ (٨) كأنها تستحثه. فقال: أتدرون ما تقول له؟ قالوا: لا. قال: إنها تقول: أسرعْ بنا لا يجئ الذئبُ فيأكلك كما أكل الذئب أخاك عام (٩) أول، فأسرعوا حتى سألوا الراعي: هل أكل الذئب عام أول حَمَلًا بتلك البقعة؟ فقال: نعم (١٠) .
(١) التعريف والإعلام بما أُبهم في القرآن من الأسماء والأعلام، طبع في مصر (١٣٥٦ هـ - ١٩٣٨ م). (٢) الأغاني (٤/ ١٢٣). (٣) قوله: حتى ردوها ليس في ب، ط. (٤) في ط: فساروا وكذلك باقي الخبر ورد في ط بصيغة الجماعة. (٥) في ط: قبره. (٦) الخبر في الأغاني (٤/ ١٢٥ - ١٢٧). والبيت من شواهد البلاغيين على تنافر الكلمات. البيان والتبيين للجاحظ (١/ ٦٥)، ودلائل الإعجاز (٤٧). (تح. د. الداية). (٧) في ب: كلام. (٨) الثغاء: صوت الغنم. (٩) في ب: كما أكل أخاك في. (١٠) الأغاني (٤/ ١٢٤)، ومختصر تاريخ دمشق (٥/ ٤٨).

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