Et At-Tabarânî dit : « Bakr ibn Ahmad ibn Nufayl nous raconta : ‘Abd Allâh ibn Chabîb nous raconta : Ya‘qûb ibn Muhammad az-Zuhrî nous raconta : Mujâchi‘ ibn ‘Amr al-Asadî nous raconta : (celui-ci dit) Lays ibn Sa‘d, d’après Abû al-Aswad Muhammad ibn ‘Abd ar-Rahmân (1), d’après ‘Urwa ibn az-Zubayr, d’après Mu‘âwiya ibn Abî Sufyân, d’après Abû Sufyân ibn Harb, qu’Ummayya ibn Abî as-Salt se trouvait à Gaza ou à Iliyâ’. Puis, lorsque nous fîmes demi-tour, Ummayya me dit : “Ô Abû Sufyân, accepterais-tu de nous avancer devant la caravane afin que nous puissions échanger ?” Je dis : “Oui !” Il répondit : “Faisons-le.” »
Puis il enchaîna : « Ummayya me dit : “Ô Abû Sufyân, que peux-tu me dire d’‘Utba ibn Rabî‘a ?” Je lui dis : “Il est noble des deux côtés (de sa lignée) et se tient à l’écart des interdits et des injustices.” Je dis ensuite : “Oui.” Il poursuivit : “Et c’est un notable âgé ?” Je lui dis : “Oui, un notable âgé.” Alors il répliqua : “L’âge et la noblesse l’ont rabaissé ?” Je lui dis : “Tu mens ! Plus il prend de l’âge, plus sa noblesse grandit.” Il me dit : “Ô Abû Sufyân, voilà des propos que je n’avais jamais entendus de personne depuis que j’y vois clair. Ne te hâte pas de me juger avant que je ne t’explique.” Je lui dis : “Parle.” Il me dit : “J’ai trouvé dans mes livres la mention d’un Prophète qui doit être envoyé de notre Harra (2). J’ai longtemps pensé, sans presque en douter, que ce serait moi. Cependant, après avoir consulté des détenteurs du savoir, j’ai découvert qu’il était issu des Banû ‘Abd Manâf. Aussi ai-je observé les Banû ‘Abd Manâf et n’y ai-je trouvé personne qui convînt à cette mission, hormis ‘Utba ibn Rabî‘a. Mais lorsque tu m’as informé de son âge, j’ai compris que ce n’était pas lui, puisqu’il avait dépassé la quarantaine sans qu’aucune révélation ne lui soit parvenue.” »
Abû Sufyân raconta : « Le temps passa (3), puis la Révélation parvint effectivement au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue). Je partis alors en voyage commercial vers le Yémen en compagnie de quelques hommes de Quraysh et nous croisâmes Ummayya. Je lui dis, sur un ton moqueur : “Ô Ummayya, voilà que le Prophète dont tu parlais est apparu !” Il répondit : “C’est la vérité, suis-le !” Je lui demandai : “Qu’est-ce qui t’empêche de le suivre ?” Il répondit : “Rien si ce n’est la honte devant les femmes (5) de Thaqîf. Je leur avais raconté que c’était moi le Prophète. Comment pourrais-je ensuite me mettre à la suite d’un jeune homme issu des Banû ‘Abd Manâf ?” » Ummayya ajouta alors : « “Ô Abû Sufyân, il me semble que si tu t’opposes à lui, tu finiras attaché comme un chevreau, et tu seras amené de force devant lui pour qu’il décide de ton sort comme il l’entend.” »
‘Abd ar-Razzâq dit : « Ma‘mar nous informa, d’après al-Kalbî : Tandis qu’Ummayya dormait avec ses deux filles, l’une d’elles prit peur et cria vers lui. Il lui demanda : “Qu’as-tu ?” Elle répondit : “J’ai vu deux grands oiseaux (nésrîn) soulever le toit de la maison. L’un est descendu vers toi et t’a ouvert le ventre, tandis que l’autre, resté sur le toit, lui criait : ‘A-t-il compris ?’ Il répondit : ‘Oui.’ Puis il dit : ‘L’a-t-il fait avec sincérité ?’ Il (7)…” »