J’ai constaté qu’il m’était arrivé ceci : je suis allé trouver cet érudit et l’ai interrogé sur différentes choses. Puis je lui ai dit : « Informe-moi au sujet de ce Prophète que l’on attend. » Il répondit : « C’est un homme issu des Arabes. » Je lui dis : « Je sais déjà qu’il est arabe, mais de quelle lignée arabe est-il ? » Il répondit : « Il est issu de la Maison que les Arabes visitent en pèlerinage. » Je lui dis : « Mais, chez nous aussi, il y a une Maison que les Arabes visitent en pèlerinage. » Il répliqua : « Il est de vos frères, de Quraych. » Alors, par Dieu, je ressentis une chose comme jamais auparavant (1), et s’échappa de mes mains la réussite en ce monde et dans l’au-delà, moi qui espérais être cet homme. Je lui demandai : « Et lorsque cela surviendra, décris-le-moi. »
Il me répondit : « C’est un homme encore jeune, lorsqu’il est entré dans la maturité (2). Au début de sa mission, il s’abstient des injustices et des interdits ; il maintient les liens de parenté et ordonne de les préserver. Il est dans le besoin mais reste généreux à l’égard de tous, occupe une position moyenne dans sa tribu, et la majorité de ses troupes (3) sont des anges. »
Je lui dis : « Quel signe en est la preuve ? » Il dit : « Depuis la mort de ‘Isa, fils de Maryam (que la paix soit sur lui), le Cham a tremblé trente (4) fois, à chaque fois de manière funeste. Il reste encore un tremblement général aux conséquences désastreuses. »
Abou Sufyân rapporta : « Je m’exclamai : “Par Dieu, voilà qui est faux ! Si Dieu envoie un Messager, Il ne le choisirait que vieux et de noble rang.” Oumayya me rétorqua : “Par Celui par qui tu as juré, cela est bel et bien avéré, ô Abou Sufyân. Tu affirmes que la parole du chrétien est vraie. Veux-tu passer la nuit avec nous ?” Je dis : “Oui, qu’aurais-je à y perdre ? (5)” »
Il poursuivit : « Nous passâmes la nuit jusqu’à ce que nos bagages (th‑thaqal) nous rejoignent. Nous reprîmes alors la route et, lorsque nous n’étions plus qu’à deux jours (6) de la Mecque, un cavalier nous rattrapa à l’arrière. Nous l’interrogeâmes, et il nous apprit : “Après votre départ, un tremblement de terre a frappé le Cham, anéantissant ses habitants et causant de terribles désastres.” »
Abou Sufyân dit : « Alors Oumayya se tourna vers moi et me demanda : “Que penses-tu de la parole du chrétien, ô Abou Sufyân ?” Je lui répondis : “Par Dieu, je constate et je crois (7) que ce que ton compagnon t’a indiqué est vrai.” Nous arrivâmes ensuite à la Mecque, je m’acquittai de ce que j’avais emporté avec moi, puis je partis pour le Yémen comme marchand, où je restai cinq mois avant de revenir à la Mecque. »
« Tandis que j’étais chez moi, les gens venaient me saluer (8) et me questionner sur leurs marchandises, jusqu’à ce que Muhammad ibn ‘Abd Allâh vienne à son tour. Hind était auprès de moi, jouant avec ses enfants. Il me salua, me souhaita la bienvenue et s’enquit de mon voyage et de mon séjour, sans toutefois m’interroger sur sa propre marchandise. Puis il se leva. »
« Je dis alors à Hind : “Par Dieu, celui-là m’étonne (9). Tous ceux de Quraych ayant des biens entre mes mains m’ont interrogé à ce sujet, sauf lui, qui ne m’a rien demandé !” Hind me répondit : “Ne sais-tu pas ce qu’il en est de lui ?” Je rétorquai, inquiet (10) : “Que se passe-t-il ?” Elle me répondit : “Il prétend qu’il est le Messager de Dieu.” Cela me heurta, et je me souvins (11) des propos du chrétien. »