Il déclara : « Il n’a pas menti, et voici ce “ḍārij” ou (ḍārij)(1) près de chez vous. Nous avons alors regardé et constaté qu’il y avait environ cinquante coudées entre nous et l’eau. Nous nous y sommes rendus en rampant sur nos genoux, et c’était bien tel que l’avait décrit Imru’ al-Qays : un lézard (al-‘armad) y projetait son ombre. »
Le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) dit alors : « Voilà un homme dont on parle en ce bas monde mais dont on ne se souvient plus dans l’au-delà, noble ici-bas mais insignifiant dans l’au-delà ; il tient dans sa main l’étendard des poètes et les conduit vers le feu. »
Al-Kalbî rapporta : Imru’ al-Qays arriva avec ses bannières pour combattre Banû Asad, après qu’ils eurent tué son père. En chemin, il passa par Tabâla, où se trouvait l’idole Dhû al-Khalasa, auprès de laquelle les Arabes avaient coutume de pratiquer la divination par tirage au sort. Il tira donc les flèches divinatoires, et deux fois la réponse fut de ne pas partir, ainsi qu’à la troisième reprise. Alors il brisa ces flèches, les jeta au visage de Dhû al-Khalasa et s’exclama : « Mords le sexe de ton père ! Si c’était ton père qu’on avait tué, tu ne m’aurais pas retardé. » Puis il attaqua Banû Asad et leur infligea de lourdes pertes.
Ibn al-Kalbî dit : « Personne ne consulta plus Dhû al-Khalasa jusqu’à l’avènement de l’islam. » Certains mentionnent qu’Imru’ al-Qays alla ensuite faire l’éloge de l’empereur byzantin afin de lui demander du renfort pour certaines guerres et solliciter son aide matérielle. Ne trouvant pas ce qu’il espérait, il le railla dans une satire. On raconte alors que l’empereur l’aurait empoisonné, ce qui entraîna sa mort près de la tombe d’une femme, non loin d’une montagne appelée ‘Asîb. Il y écrivit :
« Ô ma voisine, la rencontre est proche,
et moi je demeure aussi longtemps que „Asîb demeure.
Ô ma voisine, nous sommes tous deux étrangers ici,
or tout étranger est le proche d’un autre étranger. »
On rapporte également (6) que les sept Mu‘allaqât auraient été suspendues à la Ka‘ba (7). En effet, lorsque l’un des Arabes composait un poème, il le présentait à Quraysh. Si ceux-ci le jugeaient digne, on l’accrochait à la Ka‘ba pour en souligner l’importance. C’est ainsi que se réunirent ces sept Mu‘allaqât. La première est celle d’Imru’ al-Qays ibn Ḥujr al-Kindî, comme mentionné :
« Arrêtez-vous que nous pleurions le souvenir d’une bien-aimée et d’une demeure,
à Siqṭ al-Liwâ, entre al-Dakhûl et Ḥawmal… »