Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Que pourriez-vous donc dire à votre sœur… si ce n’est la réprimander ou empêcher celui qui voulait déjà s’abstenir (1)? Et tout ce que vous voyez aujourd’hui ne relève que d’une nature innée. Comment, ô fils de ma mère, pourrais-je renoncer à mes dispositions naturelles (2)?

Al-Haytham ibn ‘Adî rapporta, d’après Milḥân ibn ‘Arkâ ibn ‘Adî ibn Ḥâtim, lui-même le tenant de son père, qui le tenait de son grand-père, lequel déclara : « J’ai assisté à l’agonie de Ḥâtim alors qu’il rendait le dernier soupir (3). Il me dit : “Ô mon fils, je te confie avoir maintenu trois qualités en moi : Par Dieu, jamais je n’ai rusé contre une voisine par soupçon, jamais je n’ai manqué à une confiance qui m’était remise sans m’en acquitter, et jamais personne n’a souffert quelque tort qui vînt de moi.” »

Abû Bakr al-Khara’îṭî raconta : « ‘Alî ibn Ḥarb nous rapporta un hadith de ‘Abd al-Raḥmân ibn Yaḥyâ al-‘Adawî, qui le tenait de Hishâm ibn Muḥammad ibn as-Sâ’ib al-Kalbî, d’après Abû Miskîn – c’est-à-dire Ja‘far ibn al-Muḥarrir ibn al-Walîd – d’après al-Muḥarrir, affranchi d’Abû Hurayra, qui raconta : Des hommes de la tribu de ‘Abd al-Qays passèrent près de la tombe de Ḥâtim aṭ-Ṭâ’î et firent halte non loin de là. L’un d’eux, appelé Abû al-Khaybarî, se mit à frapper la tombe du pied en disant : “Ô Abû al-Ja‘râ’, offre-nous l’hospitalité !” L’un de ses compagnons s’exclama : “Comment peux-tu t’adresser à une dépouille réduite en poussière ?” La nuit vint et ils s’endormirent (4).

Celui qui avait interpellé la tombe se réveilla subitement, affolé, en s’écriant : “Ô vous tous, montez à vos montures ! Car Ḥâtim m’est apparu en songe et m’a récité des vers que j’ai gardés en mémoire.” Il déclara avoir retenu :

[Du mutaqârib]

« Ô Abû al-Khaybarî, toi l’homme
Qui opprimes ta tribu, qui la voues aux injures,
Te voilà, tes compagnons à tes côtés,
Devant une fosse dont le sommet est usé.
Me tiens-tu pour responsable de cette nuit sans festin,
Alors que les Tay’ et leurs troupeaux sont autour de toi ?
Pourtant, nous rassasierons nos hôtes,
Et lorsque viendront les montures, nous aurons de quoi pourvoir. » (5)

Le récit poursuit : il se trouva que la chamelle de celui qui avait vu le songe tomba à terre (6). Ils l’abattirent alors, la firent rôtir et mangèrent. Ils dirent : “Par Dieu, Ḥâtim nous a accueillis vivant et mort.” Le lendemain, les hommes se remirent en route, emmenant leur compagnon. C’est alors qu’ils aperçurent un homme

(1) Dans B : « Asaytum ». Dans T : « Ou ‘adhila min ». (2) Dans T : « Wa mada tarawn ». Voir également Al-Shi‘r wa al-Shu‘arāʾ (1/242) et Al-Aghānī (17/280). (3) Kāda binafsihi : généreux. (4) Dans B : « ʿAbd al-Razzāq », ce qui est une erreur. (5) Sa phrase : « On l’appelle Abū al-Khaybarī ». Addition dans T. (6) Ar-Rakḍ : mouvement du pied et le fait de frapper avec. (7) Dans T et Murūj adh-Dhahab : « al-Ja‘d ». Dans Al-Shi‘r wa al-Shu‘arāʾ : « ʿAdhī ». Dans Al-Aghānī : « Ja‘far ». On conserve la lecture originelle, qui est la plus vraisemblable. Al-Ja‘rā’ désigne une espèce de cigale. Ici, c’est une moquerie envers Ḥātim. (8) Dans T : « Fanāmū » (ils ont dormi). (9) Dans T : « Qad ṣaddat hāmuhā » (son front s’est renversé). (10) Dans T : « Lanashba‘ » (nous allons nous rassasier). Les vers sont dans son dīwān (p. 168), avec une variante dans la transmission. (11) Takūs : marcher sur trois pattes.
فماذا عساكم أن تقولوا لأختِكم … سوى عذلكم أو منع مَن كانَ مانعا (١) ومهما تروْن اليومَ إلا طبيعةً … فكيف بتركي يا ابنَ أمي الطبائعا (٢) وقال الهيثم بن عدي، عن مِلحان بن عركى بن عدي بن حاتم، عن أبيه، عن جده، قال: شهدتُ حاتمًا يكيد بنفسه (٣) فقال لي: أي بُني إني أعهدُ من نفسي ثلاث خصال: والله ما خاتلتُ جارةً لريبةٍ قطُّ، ولا ائتمنت على أمانة إلَّا أدّيتُها، ولا أوتيَ أحدٌ من قِبلي بسوءٍ. وقال أبو بكر الخرائطي: حدّثنا علي بن حَرب، حدّثنا عبد الرحمن (٤) بن يحيى العدوي، حدّثنا هشام بن محمد بن السائب الكلبي عن أبي مسكين -يعني جعفر بن المحرر بن الوليد- عن المحرر مولى أبي هريرة قال: مرَّ نفر من عبد القيس بقبر حاتم طيّئ، فنزلوا قريبًا منه، فقال إليه بعضهم [يقال له: أبو الخيبري] (٥) فجعل يركض (٦) قبره برجله. ويقول: يا أبا الجَعْراء (٧) اقرنا. فقال له بعض أصحابه: ما تخاطب من رِمَّة وقد بليتْ! وأجنّهم الليلُ فنوموا (٨) . فقام صاحبُ القول فزعًا يقول: يا قوم عليكم بمطيكم فإن حاتمًا أتاني في النوم، وأنشدني شعرًا، وقد حفظته. يقول: [من المتقارب] أبا خَيْبَرِيّ وأنتَ امرؤٌ … ظَلومُ العَشِيْرةِ شتَّامُها أتيتَ بصحْبِكَ تبغي القِرى … لَدى حُفْرةٍ قد صَخِبٍ هَامُها (٩) أتبغي لي الذنبَ عندَ المبيـ … ـــــتِ وحولَك طيئ وأنعامها وإنا سنُشْبِعُ أضيافَنا … وتأتي المطيّ فنعتامُها (١٠) قال: وإذا ناقة صاحب القول تَكُوس (١١) عقيرًا، فنحروها وقاموا يشْتَوونَ ويأكلون. وقالوا والله لقد أضافنا حاتم حيًّا وميتًا. قال: وأصبح القوم وأردفوا صاحبهم، وساروا. فإذا رجلٌ
(١) في ب: عسيتم. وفي ط: أو عذل من. (٢) في ط: وماذا ترون. والخبر في الشعر والشعراء (١/ ٢٤٢)، والأغاني (١٧/ ٢٨٠). (٣) كاد بنفسه: جاد. (٤) في ب: عبد الرزاق وهو خطأ. (٥) قوله: يقال له أبو الخيبري. زيادة من ط. (٦) الركض: تحريك الرجل، والضرب بها. (٧) في ط، ومروج الذهب: الجعد. وفي الشعر والشعراء: عذي. وفي الأغاني: جعفر. وأثبت ما في الأصل، وهو الأشبه بالصواب. فالجعراء هي الاست. وهو هنا إنما يسخر من حاتم. (٨) في ط: فناموا. (٩) في ط: قد صدت هامها. (١٠) في ط: لنشبع. والأبيات في ديوانه (١٦٨)، مع اختلاف في الرواية. (١١) تكوس: تمشي على ثلاثة أرجل.

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