Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Tarifa, sa servante, lui dit : « Crains Dieu et préserve-toi ; ceux-là ne laissent ni dinar, ni dirham, ni mouton, ni chameau. » Il récita alors :

« Tarifa a dit :
Il ne reste rien de nos dirhams,
Et pourtant nous n’y tombons ni dans l’excès ni dans la prodigalité.
Si ce que nous possédons s’épuise, Dieu nous en pourvoira par d’autres,
Car ce n’est pas nous qui nous assurons notre subsistance.
La pièce de monnaie n’a même pas le temps de s’habituer à la guenille de notre vêtement :
À peine y passe-t-elle qu’elle en repart aussitôt.
Lorsque nos dirhams se rassemblent un instant,
Ils se précipitent ensemble sur les chemins du bien. » (1)

Abou Bakr ibn ‘Ayyach rapporta : On demanda à Hâtim : « Existe-t-il, parmi les Arabes, quelqu’un de plus généreux que toi ? » Il répondit : « Tous les Arabes sont plus généreux que moi. » Puis il raconta : « Une nuit, je fus l’hôte d’un jeune Arabe orphelin qui possédait cent brebis. Il m’en égorgea une et me l’apporta. Lorsque je goûtai à la cervelle, je m’exclamai : “Comme elle est délicieuse !” Aussitôt, il s’éloigna et ne cessa de revenir vers moi avec une autre cervelle, jusqu’à ce que je lui dise : “Cela me suffit.” Au matin, je constatai qu’il avait abattu ses cent brebis : il ne lui en restait plus aucune ! » On lui demanda : « Qu’as-tu fait alors pour lui manifester ta gratitude ? » Il répondit : « Pourrais-je jamais le remercier à la hauteur de son acte, même si je faisais absolument tout en sa faveur ? » Ils insistèrent : « Quoi qu’il en soit… » Il dit : « Je lui ai offert cent chamelles parmi les meilleures de mon troupeau. » (2)

Mohammed ibn Ja‘far al-Kharâ’itî (3), dans son ouvrage “Makârim al-Akhlâq”, raconta : « L’abbâs ibn al-Fadl ar-Raba‘î nous a rapporté, par l’intermédiaire d’Isḥâq ibn Ibrâhîm, que Ḥammâd ar-Râwiya et certains anciens de Ṭayy’ dirent : ‘Antarah (4), fille de ‘Afîf ibn ‘Amr ibn Imru’ al-Qays, mère de Hâtim aṭ-Ṭâ’î, ne retenait jamais rien, par pure générosité et libéralité. Ses frères (5) cherchaient à l’en empêcher, mais elle refusait. Elle était aisée, alors ils l’emprisonnèrent dans une maison durant un an, en veillant à lui fournir juste de quoi se nourrir, espérant ainsi qu’elle cesserait. Une année plus tard, pensant qu’elle avait renoncé à cette habitude, ils la libérèrent et lui confièrent une partie de ses biens en lui disant : “Profite-en.”’ »

« Une femme de Hawâzin – qui avait l’habitude de lui rendre visite – vint alors la solliciter. Antarah lui répondit : “Prends cette part de mon bien. Par Dieu, la faim m’a durement atteinte, au point que j’ai juré de ne jamais refuser quoi que ce soit à un mendiant.” Puis elle récita :

“Je jure que la faim m’a maintes fois mordue,
Si bien que j’ai promis de ne jamais refuser un affamé aussi longtemps que je vivrai.
Dis à celui qui me blâme aujourd’hui de bien vouloir m’épargner,
Ou bien, s’il ne le fait pas, qu’il se morde les doigts !”

(1) Son recueil (p. 286). (2) Ainsi dans [B], ce qui est le plus probable. Et dans [T] : il a dit. (3) Muhammad ibn Jaʿfar ibn Muhammad ibn Sahl al-Kharāʾiṭī al-Sāmirī, érudit parmi les mémorisateurs de hadith. Il est décédé à Jaffa en 327 H. Son ouvrage Makārim al-Akhlaq est publié. Voir Al-ʿAlām (6/70). (4) Ainsi dans [M] et [T]. Dans [B] et dans Les Chants (al-Aghānī) : Ghināh. Dans Le Poème et les Poètes (al-Shiʿr wa al-Shuʿarāʾ) : ʿInabah. (5) Ainsi dans [B] et [T]. Dans [A] : « ils la prohibaient ».
طريفة جاريتُه، فقالت له: اتق الله وأبقِ على نفسك، فما يدع هؤلاء دينارًا ولا دِرهمًا ولا شاة ولا بعيرًا. فأنشأ يقول: [من البسيط] قالتْ طُرَيفةُ: ما تَبقَى دراهِمُنا … وما بنا سَرَفٌ فيها ولا خَرَقُ إنْ يَفْنَ ما عندنا فالله يرزُقنا … ممَّنْ سِوانا ولسنا نحنُ نَرْتَزِق ما يألف الدرهمُ الكاريُّ خِرقَتَنا … إلا يمرّ عليها ثُم ينطلق إنا إذا اجتمعت يومًا دراهمُنا … ظلّت إلى سُبُلِ المعروفِ تستبق (١) وقال أبو بكر بن عياش: قيل لحاتم: هل في العرب أجود منك؟ فقال: كل العرب أجود مني. ثم أنشأ يُحدّثُ، قال: نزلتُ على غلام من العرب يتيمٍ ذات ليلة، وكانت له مئة من الغنم، فذبح لي شاة منها، وأتاني بها، فلما قَرَّبَ إليَّ دماغَها قلت: ما أطيبَ هذا الدماغ! قال: فذهبَ، فلم يزل يأتيني منه حتى قلتُ: قدِ اكتفيت، فلما أصبحت إذا هو قد ذبح المئة شاة وبقي لا شيء له؟ فقيل: فما صنعتَ به؟ فقال: ومتى أبلغُ شكرَه ولو صنعتُ به كل شيء؟! قالوا (٢) : على كل حال؟ فقال: أعطيتُه مئة ناقة من خيار إبلي. وقال محمد بن جعفر الخرائطي (٣) في كتاب "مكارم الأخلاق" : حدّثنا العباس بن الفضل الرَّبَعي، حدّثنا إسحاق بن إبراهيم، حدّثني حماد الراوية ومشيخة من مشيخة طيّئ، قالوا: كانت عنترة (٤) بنت عفيف بن عمرو بن امرئ القيس أم حاتم طيّئ لا تُمسك شيئًا سَخاءً وجودًا؛ وكان إخوتها (٥) يمنعونها فتأبى، وكانت امرأة موسِرةً، فحبسوها في بيتٍ سنةً يطعمونها قوتَها لعلها تكفّ عما تصنع. ثمّ أخرجوها بعد سنةٍ وقد ظنّوا أنها قد تركتْ ذلك الخُلُق، فدفعوا إليها صِرْمةً من مالها وقالوا: استمتعي بها، فأتتها امرأة من هوازنٍ، وكانت تغشاها، فسألتها، فقالت: دونك هذه الصِّرْمة فقد والله مسني من الجوع ما آليتُ أن لا أمنع سائلًا ثم أنشأت تقول: [من الطويل] لَعَمري لقِدمًا عضّني الجوعُ عضة … فآليتُ أن لا أمنعَ الدهرَ جائعا فقولا لهذا اللائمي اليومَ أعفِني … وإن أنتَ لم تفعل فعضّ الأصابعا
(١) ديوانه (٢٨٦). (٢) كذا في ب، وهو الأشبه بالصواب. وفي ط: قال. (٣) محمد بن جعفر بن محمد بن سهل الخرائطي السامري، فاضل من حفاظ الحديث. توفي في يافا سنة (٣٢٧ هـ). وكتابه مكارم الأخلاق مطبوع. الأعلام (٦/ ٧٠). (٤) كذا في م، وط. وفي ب، والأغاني: غنية. وفي الشعر والشعراء: عنبة. (٥) كذا في ب، ط. وفي أ: وكانوا يمنعونها.

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