Il nous l’a apporté, non pas à la suite d’une délibération d’esprit avisé ni de feuillets empruntés, ni même d’une description portée par un scribe. Tantôt il vient répondre à un questionneur, à un consultant en quête d’avis juridique ou pour exhorter un interlocuteur. Il prodigue la preuve, impose des prescriptions, narre des récits et précise des finalités. Il emploie des paraboles, assoit l’argument, instruit celui qui renie et confond le menteur, que ce soit dans l’enceinte de l’assemblée, au cœur des combats ou devant les problèmes insolites qui surgissent. Ainsi se présente-t-il sous les multiples formes que tu désires, avec rectitude de sens et abondance de ressources. L’une de ses parties confirme l’autre, comme si l’on observait son contenu de l’œil d’un vigile. Et l’impuissance des créatures à produire rien de semblable à ce que nous venons de décrire est avérée par l’épreuve des temps.
Il s’est élevé par (le père d’‘Abd Allâh), le plus noble des pères, qui vit s’épanouir de lui une lignée d’honorables origines. Et par (Shayba), homme de louange, dont Quraysh s’enorgueillit devant tous les peuples de haute distinction et de rang illustre, lui dont le visage était invoqué pour la pluie et dont les avis guidaient en temps de crise. Et encore par (Hâshim), artisan et bâtisseur de sa renommée, grâce à la vaillance de ses démarches et au don généreux de ses libéralités (1). De même (ʿAbd Manâf), qui instruisit son peuple à viser de grands desseins et à maîtriser leurs aspirations. Quant à (Quṣayy), il tient, de son noble patrimoine, une source à laquelle nulle lame n’osa s’approcher. Par lui, Dieu rassembla les tribus après qu’elles eurent été dispersées par les mains spoliatrices. Et (Kilâb) occupa dans les sommets de la gloire un refuge hors de portée du proche comme du lointain. Chez (Murra), nulle ineptie d’un insensé ni la faute d’un fautif ne put ébranler la fermeté de sa résolution (2). (Kaʿb) s’éleva au-dessus de celui qui recherchait la gloire, si bien qu’il atteignit les plus hauts rangs à moindres efforts. (Lu’ayy) plongea ses adversaires dans la défaite jusqu’à ce que les âmes fières et altières se soumissent à lui. En (Ghâlib) résidait une vaillance qui ne cédait devant aucune autre, repoussant tout rival qui s’opposait à lui. (Fihr) se distingua parmi Quraysh par une éloquence à laquelle on se réfugiait quand les propos s’envenimaient. Toujours, (Mâlik) demeura le meilleur des maîtres, le plus noble des compagnons et des amis. Quant à (an-Naḍr), il détenait une grandeur que n’atteint pas le regard, proche là où se rejoignent les astres scintillants. Par ma vie, (Kinânah) déjà avant lui avait montré d’éminentes vertus inaccessibles au commun de ceux qui s’en targuent (3).