La tribu de Khuzaʿa (composée des Banû Bakr ibn ʿAbd Manât et Ghabshân) l’emporta et chassa la tribu de Jurhum (1) de la Maison. Alors, ʿAmr ibn al-Ḥârith ibn Muḍâḍ al-Jurhumî, leur chef, prit les deux gazelles de la Kaʿba (2), toutes deux en or, ainsi que la Pierre d’angle (c’est-à-dire la Pierre Noire), des épées richement décorées et d’autres objets. Il les enterra dans Zamzam, marqua l’emplacement de cette source, puis partit en emmenant les siens vers le Yémen.
À ce propos, ʿAmr ibn al-Ḥârith ibn Muḍâḍ déclara (3) :
« Une femme me parlait, les larmes coulant à flots,
au point d’inonder ses paupières.
C’était comme s’il n’y avait jamais eu, de al-Ḥajûn à al-Ṣafâ,
aucune âme pour tenir compagnie, et nul conteur ne veillant à La Mecque.
Je lui répondis alors, le cœur agité comme un oiseau
se débattant entre deux ailes :
“En vérité, nous en fûmes bien les habitants,
mais les aléas des nuits et la malchance nous ont expulsés.
Nous étions les gardiens de la Maison après Nâbit ;
nous l’administrions alors que le bien y était manifeste.
Oui, nous en assumâmes la garde à la suite de Nâbit,
dans la dignité, si bien que nul ne pouvait nous l’arracher.
Nous avons régné et nous sommes affermis ; quel règne fut le nôtre !
Aucun autre clan ne pouvait s’en enorgueillir.
N’avez-vous pas épousé le meilleur homme que vous connaissiez ?
Ses fils descendent de nous et nous sommes ses alliés par alliance.
Si aujourd’hui le monde se retourne contre nous,
c’est qu’il connaît ses tourments et que les conflits y foisonnent.
Le Souverain nous en a chassés par Sa puissance ;
ainsi, ô vous les gens, le destin poursuit son cours.
Je le dis quand l’insouciant dort et que je ne puis fermer l’œil :
“Ô Toi qui sièges sur le Trône, n’éloigne pas Suhayl ni ʿÂmir.”
Je fus remplacé par des visages que je n’aime guère :
des tribus comme Ḥimyar ou Yuhâbir.
Nous sommes devenus des récits dont on parle,
alors que nous vivions autrefois dans une félicité que les années passées nous ont ravie.
Mes larmes coulent pour cette cité,
où se trouve un Sanctuaire inviolable et où les rites sont célébrés.
Je pleure aussi la Maison dont les colombes ne sont jamais inquiétées,
elles y demeurent en sécurité, tout comme les passereaux.
On y voit même des bêtes sauvages, qu’on ne pourchasse pas
et qui y trouvent un abri ; si jamais elles en sortaient, elles s’éloigneraient aussitôt.” »