Son cœur se ravisa et il dit : « Quel bienfait pourrait demeurer à un vivant jusqu’au jour de sa mort ? » Puis ils devinrent pareils à des feuilles qui se sont flétries, emportées tantôt par le vent de l’est, tantôt par le vent de l’ouest. (1)
J’ai dit : En vérité, le palais d’Al-Khawarnaq qu’il mentionne dans sa poésie fut édifié par l’un des rois de l’Antiquité. L’un des savants de son époque l’exhorta au sujet de l’excès dans lequel il s’était engagé : il avait en effet débordé toute mesure, s’était révolté, avait obéi à ses passions et négligé de craindre son Maître. Le savant lui rappela le sort de ceux qui l’avaient précédé parmi les rois et les dynasties, comment ils avaient tous péri sans qu’il ne subsiste plus personne d’eux, et comment ce qu’il avait acquis d’autrui finirait par revenir à ceux qui le suivraient. Cette exhortation le toucha profondément ; il se ressaisit, médita sur son présent et son passé, et craignit l’étroitesse de sa tombe. (3)
Il se repentit donc, revint à la droiture, se défit de ce dans quoi il était plongé, abandonna la royauté, revêtit l’habit des pauvres, erra dans les plaines et goûta à l’isolement. Il quitta ce qui occupait les gens, à savoir la poursuite des plaisirs et la désobéissance au Seigneur des cieux. Son histoire a été rapportée en détail par le cheikh, l’imam Muwaffaq ibn Qudâma al-Maqdissi (qu’Allah lui fasse miséricorde) dans son livre « At-Tawwabîn ». De même, le grand hâfiẓ Abû al-Qâsim as-Suhaylî l’a relatée, avec une chaîne de transmission solide, dans son ouvrage « ar-Rawd al-Anuf » (6), qu’il a composé selon un ordre des plus élégants et une clarté des plus manifestes.
[Récit des rois des taïfas]
Quant au seigneur de al-Ḥaḍr, à savoir Sâṭirûn, il fut déjà précisé qu’il surpassait les autres rois des taïfas. Il vivait à l’époque d’Alexandre, fils de Philippe le Macédonien. En effet, quand Alexandre vainquit le roi des Perses, Darius fils de Darius, qu’il humilia son royaume, dévasta son pays, pilla ses biens et éparpilla les Perses de toutes parts, il se promit qu’ils ne se réuniraient plus et que leur pouvoir ne serait pas rétabli. Il assigna alors à chaque roi un peuple à gouverner dans une région donnée