(1) « Les montagnes de mon pays, d’où je viens, ne sont rien d’autre que de l’or et de l’argent. » Par cette promesse, il l’encourageait à convoiter ces terres. Alors Khosrô rassembla ses marzbans et leur dit (2) : « Que pensez-vous de cet homme et de ce pour quoi il est venu ? »
Un conseiller répondit : « Ô roi, il y a dans tes prisons des hommes que tu as condamnés à mort. Si tu les envoies avec lui, leur perte ne serait que ce que tu leur destinais déjà ; mais s’ils remportent la victoire, tu gagneras un nouveau royaume. » Khosrô envoya donc ceux qui se trouvaient dans ses prisons ; ils étaient huit cents. Il plaça à leur tête Wahriz, le plus âgé et le plus noble d’entre eux. Ils embarquèrent sur huit navires (3) : deux coulèrent et six parvinrent à la côte d’Aden. Sîf rassembla alors autour de Wahriz autant de gens de son peuple qu’il put et lui dit : « Tes pas et les miens (4) ne feront qu’un, jusqu’à ce que nous mourions tous les deux ou que nous triomphions tous les deux. » Wahriz lui répondit : « Tu es équitable. »
Le roi du Yémen, Massrûq ibn Abrahah, s’avança contre eux en mobilisant ses troupes. Wahriz envoya son propre fils combattre ces adversaires afin d’éprouver leur manière de se battre, mais celui-ci fut tué, ce qui accrut encore la colère de Wahriz. Lorsque les deux camps se firent face, Wahriz s’écria : « Montrez-moi leur roi. » On lui répondit : « Regarde l’homme sur l’éléphant, avec une couronne sur la tête et un rubis rouge entre les deux yeux. » Il répliqua : « Oui, je le vois. » Ils dirent : « C’est leur roi. » Il répondit : « Laissez-le. » (5)
Ils attendirent longtemps, puis Wahriz demanda : « Sur quelle monture est-il maintenant ? » On lui dit : « [Il est passé sur son cheval.] » Il répondit : « Laissez-le. » Ils le laissèrent à nouveau. Lorsque Wahriz demanda une seconde fois (6) : « Sur quoi est-il maintenant ? », on lui répondit : « Il est sur sa mule. » Wahriz s’écria : « Fils d’une ânesse ! Il est déjà abaissé, et son royaume l’est tout autant ! Je vais l’atteindre d’une flèche (7) : si vous voyez ses hommes rester immobiles, alors ne bougez pas tant que je ne vous en ai pas donné l’ordre, car cela signifiera que je l’ai manqué. Mais si vous voyez qu’ils se groupent autour de lui et l’enveloppent (8), c’est que je l’aurai touché. Alors, lancez l’assaut. »
Il banda son arc – dont on disait que nul autre ne pouvait le tendre tant il était robuste – et fit attacher ses sourcils pour mieux viser. Puis il décocha son trait : la flèche percuta le rubis qui se trouvait entre les deux yeux du roi, traversa son crâne et ressortit par sa nuque, le faisant tomber à la renverse. Les Abyssins se regroupèrent autour de lui (9). Les Perses menèrent alors la charge, et leurs ennemis prirent la fuite (10) : beaucoup furent tués, d’autres s’éparpillèrent dans tous les sens. Wahriz avança pour entrer à Sanaa ; arrivé à sa porte, il déclara : « Mon étendard n’entrera jamais abaissé. Démolissez (11) cette porte. » On la démolit et Wahriz pénétra dans la ville en dressant son drapeau. Alors Sîf ibn Dhî Yazan (12) dit :