Lorsque l’éléphant (1) fut sommé de se lever, il refusa. Alors on enfonça des crocs (2) dans ses flancs pour l’obliger à se mettre debout, mais il s’obstina à ne pas bouger. On l’orienta ensuite vers le Yémen, et il se releva soudain pour courir. Puis on le tourna vers la Syrie, et il réagit de la même manière ; on le dirigea vers l’est et il fit pareil. Mais lorsqu’on l’orienta vers la Mecque, il s’accroupit sur place. Dieu envoya alors contre eux des oiseaux en provenance de la mer, semblables aux hirondelles et aux balsans (3), dont chacun portait trois pierres : une dans son bec et deux dans ses pattes, de la taille d’un pois chiche ou d’une lentille. Chaque personne touchée par l’une de ces pierres périt, bien que toutes n’aient pas été atteintes. Les survivants prirent la fuite, cherchant à reprendre la route par laquelle ils étaient venus, et ils interrogeaient les uns et les autres au sujet de Nufayl ibn Habib pour qu’il leur indiquât le chemin vers le Yémen. À cette occasion, Nufayl récita :
« Saluez de notre part, ô Rudayna !
Nous avons fait pleine expérience de vous à l’aube,
Rudayna, si tu voyais (sans voir réellement)
près d’al-Muḥaṣṣab ce que nous avons vu,
Tu m’excuserais alors, louerais mon choix
et ne te désolerais pas de ce qui nous a échappé.
J’ai loué Dieu quand j’ai aperçu ces oiseaux,
et j’ai craint les pierres qu’ils jetaient sur nous.
À présent tous me demandent où est Nufayl,
comme si j’avais une dette envers les Abyssins. » (4)
Selon Ibn Ishaq (5), ils s’enfuirent en s’écroulant sur tous les chemins et moururent partout où ils passaient. Abraha fut gravement touché dans son corps : à chaque pas, un bout de son doigt tombait, laissant s’échapper un pus mêlé de sang, jusqu’à ce qu’ils arrivassent à Ṣan‘ā’. Là, il ressemblait à un oisillon. Il ne mourut qu’après que sa poitrine se fut fendue en deux. (6)