Ibn Ishaq rapporta : « Lorsque Abraha arriva à al-Mughammis, il envoya un homme d’Éthiopie, appelé al-Aswad ibn Maqsoud, à la tête d’une troupe de cavalerie, jusqu’à ce qu’il parvînt à La Mecque. Il s’empara alors des biens des habitants du Tihama, qu’ils fussent de Quraysh ou d’autres tribus. Au passage, il saisit deux cents chameaux appartenant à ʿAbd al-Muttalib ibn Hâshim – qui était alors le plus illustre et le chef de Quraysh. Quraysh, Kinanah, Hudhayl et ceux qui se trouvaient dans le sanctuaire (1) envisagèrent de le combattre. Puis ils se rendirent compte qu’ils n’avaient pas la force de lui tenir tête et renoncèrent à leur projet.
Abraha dépêcha ensuite Hunâta al-Himyarî à La Mecque et lui dit : « Informe-toi sur le notable et chef de ce pays, puis dis-lui de ma part : “Je ne suis pas venu pour vous faire la guerre, mais pour détruire cette Maison. Si vous ne vous y opposez (2) pas par les armes, je n’ai (3) aucune raison de verser votre sang. Si ce notable n’entend pas me combattre, amène-le-moi.” » Lorsque Hunâta entra à La Mecque, il demanda qui en était le chef et le plus éminent. On lui répondit qu’il s’agissait d’ʿAbd al-Muttalib ibn Hâshim. Il se rendit donc auprès de lui et lui transmit ce qu’Abraha avait ordonné.
ʿAbd al-Muttalib lui répondit : « Par Dieu, nous ne voulons pas le combattre et nous n’en avons pas la capacité. Cette Maison est celle de Dieu – la Maison sacrée – et la Maison de Son ami Abraham (que la paix soit sur lui), ou dans des termes proches. Si Dieu la protège, elle reste Son sanctuaire et Sa Maison (4). Si au contraire Il laisse Abraha y pénétrer, eh bien, par Dieu, nous n’avons aucun moyen pour nous y opposer. » Hunâta reprit (5) : « Viens avec moi le rencontrer, car il m’a ordonné de te lui amener. » ʿAbd al-Muttalib se mit donc en route, accompagné de quelques-uns de ses fils, jusqu’à ce qu’ils atteignent le camp. Il s’informa sur Dhu Nafr (qui était son ami) avant d’entrer auprès de lui, alors que ce dernier était détenu. ʿAbd al-Muttalib lui dit : « Ô Dhu Nafr, as-tu un moyen de nous aider dans l’épreuve qui nous touche ? »
Dhu Nafr répondit : « Que peut faire un homme fait prisonnier par un roi qui s’apprête à le tuer d’un jour à l’autre ? Je n’ai pas de solution à ton malheur, si ce n’est qu’Unays, le cornac de l’éléphant, est un ami à moi. Je vais donc lui envoyer un message pour le recommander (6) de te soutenir et insister auprès de lui (7) afin qu’il obtienne pour toi une audience auprès du roi. Tu pourras ainsi lui exposer ce que tu voudras et, s’il le peut, il intercédera en ta faveur. » ʿAbd al-Muttalib répondit : « Cela me suffit. »
Alors Dhu Nafr envoya chercher Unays et lui dit : « Abdul-Muttalib est le chef de Quraysh et le protecteur principal de La Mecque. Il nourrit les gens dans la plaine et les bêtes sauvages dans les montagnes. Le roi s’est emparé de deux cents de ses chameaux (8). Obtiens-lui donc une audience auprès de lui et aide-le de ton mieux. » Unays répondit : « Je ferai ce que je peux. » Il s’adressa ensuite à Abraha en ces termes : « Ô Roi, le chef de Quraysh se tient à ta porte et demande l’autorisation d’entrer. C’est lui qui protège La Mecque. C’est aussi lui qui nourrit les gens dans la plaine et les bêtes sauvages sur les sommets des montagnes. Permets-lui donc d’entrer pour qu’il présente sa requête. » (9) Abraha autorisa son entrée. ʿAbd al-Muttalib était alors l’homme à l’allure la plus imposante et la plus impressionnante. »