La Maison sacrée.
Un homme sortit alors à sa rencontre : c’était l’un des notables du Yémen et de ses rois, appelé Dhu Nafar. Il appela son peuple, ainsi que ceux qui répondirent présents parmi les autres Arabes, à combattre Abraha et à le repousser pour défendre la Maison sacrée de Dieu (1), que celui-ci voulait démolir et détruire. Certains répondirent à son appel, puis ils lui firent face et l’affrontèrent. Dhu Nafar et ses compagnons furent défaits, et Dhu Nafar fut capturé puis amené prisonnier. Lorsque Abraha voulut l’exécuter, Dhu Nafar lui dit : « Ô roi, ne me tue pas, car peut-être tirerais-tu davantage profit de moi vivant que de ma mort. » Abraha abandonna alors l’idée de l’exécuter et le fit garder enchaîné. Abraha était en effet un homme plein de mansuétude. Il reprit ensuite sa route pour accomplir ce qu’il s’était promis de faire.
Lorsqu’il atteignit le pays de Khath‘am, Nufayl ibn Ḥabīb al-Khath‘amī sortit à sa rencontre, à la tête des deux tribus khath‘amites, Shahrān et Nāhis, ainsi que de ceux parmi les Arabes qui les suivaient. Ils combattirent Abraha, mais celui-ci les vainquit. Nufayl fut capturé puis amené devant Abraha. Lorsque ce dernier voulut l’exécuter, Nufayl déclara : « Ô roi (2), ne me tue pas, car je peux te servir de guide en terre arabe. De plus, je t’offre mes deux tribus, Shahrān et Nāhis, qui te prêteront allégeance et obéissance. » Abraha le laissa donc en vie et l’emmena avec lui afin qu’il lui serve de guide.
Lorsqu’il passa par Ṭā’if, il vit sortir à sa rencontre Mas‘ūd ibn Mu‘attib ibn Mālik ibn Ka‘b ibn ‘Amr ibn Sa‘d ibn ‘Awf ibn Thaqīf, accompagné des hommes de Thaqīf. Ils lui dirent : « Ô roi, nous ne sommes que tes sujets, nous t’écoutons et t’obéissons sans réserve (3). Notre sanctuaire n’est pas celui que tu cherches — ils faisaient allusion à la divinité appelée al-Lāt — ; le sanctuaire que tu vises se trouve à La Mecque. Nous t’enverrons quelqu’un pour te guider jusqu’à lui. » Ainsi, il passa outre cette tribu.
Ibn Isḥāq raconte : « Al-Lāt était un temple qu’ils possédaient à Ṭā’if et qu’ils vénéraient presque autant que la Ka‘ba. » Puis il poursuit : « Ils envoyèrent avec Abraha un homme nommé Abū Righāl, pour lui indiquer la route jusqu’à La Mecque. » Abraha se mit donc en marche en compagnie d’Abū Righāl jusqu’à ce qu’il fit halte à al-Mughammis (4). Lorsque Abū Righāl y mourut, les Arabes lapidèrent sa tombe. C’est ce tombeau que l’on lapide toujours à al-Mughammis.
On a déjà relaté dans l’histoire de Thamūd qu’Abū Righāl en était issu, et qu’il se tenait à l’abri dans l’enceinte sacrée. Lorsqu’il en sortit, il fut frappé par une pierre qui le tua. Le Messager de Dieu (ﷺ) dit à ce sujet : « Le signe en est qu’on l’a enterré avec deux rameaux en or (5). » Ils creusèrent donc et finirent par les découvrir. On dit qu’il est l’ascendant de la tribu de Thaqīf. J’ajoute que la conciliation entre ceci et le récit d’Ibn Isḥāq est la suivante : ce nouvel Abū Righāl portait le même nom que son ancêtre et fut lapidé, tout comme on lapida la tombe du premier. Dieu le sait mieux.
Le poète Jarīr (6) a dit :
[du mètre al-wāfir]
« Lorsque al-Farazdaq mourra, lapidez-le,
Comme vous lapidez la tombe d’Abū Righāl. »
De toute évidence, il s’agit là du second Abū Righāl.