Les Indiens amenèrent des chats (1) jusqu’au champ de bataille, si bien que les éléphants s’effrayèrent.
Ibn Isḥāq (2) rapporte alors qu’Abraha bâtit à Ṣanʿāʾ la « Qullays », une église (3) dont on n’avait jamais vu l’équivalent en son temps, sur aucune terre. Il écrivit au Négus en ces termes : « Je t’ai construit une église comme il ne s’en est jamais édifiée pour aucun roi avant toi. Je ne cesserai pas avant de détourner vers elle le pèlerinage des Arabes. » As-Suhaylī (4) mentionne qu’Abraha soumit les habitants du Yémen à la construction de cette église infâme et les y contraignit par divers moyens. Quiconque arrivait après le lever du soleil se voyait trancher la main sans recours. Il y fit transporter de vastes dalles de marbre, des pierres et de nombreux objets précieux provenant du palais de Balqīs. Il y fit installer des croix en or et en argent, et y plaça des chaires en ivoire et en ébène, tout en lui donnant une hauteur fort imposante et un espace intérieur grandiose.
Lorsque Abraha mourut par la suite et que les Abyssins (5) se dispersèrent, quiconque tentait de prendre quelque chose de cette église ou de ses biens subissait le mal causé par les djinns. En effet, elle avait été érigée au nom de deux idoles – Kuʿayb et son épouse – dont chacun mesurait soixante coudées. Les gens du Yémen la laissèrent alors intacte. Elle demeura ainsi jusqu’à l’époque du calife as-Saffāḥ, le premier souverain de la dynastie abbasside, qui envoya un groupe d’hommes résolus, compétents et expérimentés pour la démolir pierre à pierre ; elle disparut ensuite jusqu’à ce jour (6).
Ibn Isḥāq poursuit :
« Lorsque les Arabes eurent vent de la lettre d’Abraha au Négus, un homme des “naṣaʾa” (7) – ceux de Kināna qui différaient le mois sacré pour le rendre profane à La Mecque pendant le pèlerinage, comme nous l’avons expliqué au verset : “Le délai n’est qu’un surcroît d’impiété…” (at-Tawba, 37) – s’irrita. Il se rendit à la Qullays, s’y installa et y commit un acte abject à l’insu de tous, puis retourna en son pays. Abraha, informé de l’affaire, demanda : “Qui a fait cela ?” On lui répondit : “C’est un homme du peuple de cette Maison (la Kaʿba) vers qui les Arabes se dirigent en pèlerinage à La Mecque. Il s’est mis en colère en entendant ta volonté de détourner l’affluence des Arabes vers ton édifice, et il est venu ici pour le profaner, signalant que ton église n’en est pas digne.” Indigné, Abraha jura de marcher contre la Kaʿba pour la détruire. Aussitôt, il ordonna aux Abyssins de se préparer et rassembla ses troupes, emmenant avec lui l’éléphant. Les Arabes, à cette nouvelle, en furent profondément consternés, considérant qu’il était de leur devoir de s’opposer à lui, ayant appris qu’il projetait de raser la Kaʿba, la Maison de Dieu. »