Ibn Ishaq mentionna ici (1) des poèmes composés par les Arabes au sujet de cet événement singulier, dans lesquels on trouve éloquence, douceur, force rhétorique et charme. Toutefois, nous renonçons à les rapporter afin d’éviter de trop nous étendre et de craindre la lassitude. Dieu est notre soutien.
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Mention de la sortie d’Abraha l’Ashram contre Aryat, de leur différend, de leur combat et de la manière dont la royauté du Yémen échut à Abraha après qu’il eut tué Aryat (2).
Ibn Ishaq rapporte (3) qu’Aryat demeura au pays du Yémen pendant plusieurs années (4), y exerçant son autorité, jusqu’à ce qu’Abraha le contestât au point que les Abyssins se scindèrent en deux camps (5). Chacun d’eux rassembla une partie des troupes de son côté, puis (6) ils marchèrent l’un contre l’autre. Lorsque les armées furent sur le point de s’affronter, Abraha envoya ce message à Aryat : « Si tu laisses les Abyssins s’entre-tuer, ils s’anéantiront peu à peu (8). Bats-toi plutôt en duel contre moi : celui qui l’emportera gagnera l’allégeance de l’armée. » Aryat lui répondit : « Tu parles avec justice. »
Abraha sortit donc à sa rencontre ; c’était un homme de petite taille, plutôt trapu (9), et il pratiquait la religion chrétienne. Aryat, quant à lui, était un homme grand, de belle prestance, muni d’une lance. Derrière Abraha se tenait un serviteur nommé ‘Atawda, chargé de protéger ses arrières. Aryat brandit sa lance et frappa Abraha en visant le sommet de son crâne, mais la lance atteignit plutôt son front, lui fendant le sourcil, l’œil, le nez (10) et la lèvre ; on l’appela dès lors « Abraha l’Ashram » (le mutilé). C’est alors que ‘Atawda, se tenant derrière Abraha, se jeta sur Aryat pour le tuer. Les troupes d’Aryat se rallièrent à Abraha (11). Les Abyssins du Yémen se regroupèrent tous autour de lui, et Abraha acquitta le prix du sang (12) pour Aryat.
Lorsque la nouvelle arriva aux oreilles du Négus [le roi d’Abyssinie qui les avait envoyés au Yémen] (13), il entra dans une violente colère contre Abraha et s’écria : « Il s’est attaqué à mon émir et l’a tué sans mon ordre ! » Puis il jura
(1) Al-Sīra (1/38) et ce qui suit.
(2) Défaut du titre dans l'édition ʿUmāh ici, alors qu'il est présent là-bas : la rébellion d'Abraha al-Ashram contre Ariyat et leurs différends. Ibn Ishaq a dit...
(3) Al-Sīra (1/41). Voir également l'Histoire de al-Ṭabarī (2/128).
(4) Ainsi dans Boṭ et Ṭ. Cela correspond au texte d'al-Sīra. Dans ʾA : deux années.
(5) Dans Ṭ : « sur eux ». De même dans al-Sīra.
(6) Dans Boṭ : « à chacun d'eux des gens d'entre eux, puis ».
(7) Dans Ṭ : « cela ne sera pas perdu ».
(8) Dans Boṭ : « en rien ».
(9) Al-Laḥīm : la grande quantité de chair du corps.
(10) Dans Boṭ : « son nez et son œil ».
(11) Dans ʾA : « sur ».
(12) Dans Boṭ : « et il enterra ». Et Wadāh : paiement de son diyya.
(13) Manquant dans Boṭ.
وقد ذكر ابن إسحاق هاهنا
(١)
أشعارًا للعرب فيما وقع من هذه الكائنة الغريبة، وفيها فصاحة وحلاوة وبلاغة وطلاوة، ولكن تركنا إيرادها خشية الإطالة، وخوف الملالة. وبالله المستعان.
* * *
ذكر خروج أبرهة الأشرم على أرياط واختلافهما، واقتتالهما، وصيرورة ملك اليمن إلى أبرهة بعد قتله أرياط
(٢)
قال ابن إسحاق
(٣)
: فأقام أرياط بأرض اليمن سنين
(٤)
في سلطانه ذلك، ثمّ نازعه أبرهة حتى تفرقت الحبشة بينهما
(٥)
. فانحاز إلى كل منهما طائفةٌ، ثم
(٦)
سار أحدهما إلى الآخر. فلما تقارب الناس أرسل أبرهة إلى أرياط إنك لا تصنع
(٧)
بأن تلقى الحبشةُ بعضُها ببعض حتى تفنيها شيئًا شيئًا
(٨)
، فابرُزْ لي وأبرُزُ لك، فأيّنا أصاب صاحبه انصرف إليه جنده،
فأرسل إليه أرياط:
أنصفتَ. فخرج إليه أبرهة وكان رجلًا قصيرًا لحِيمًا
(٩)
وكان ذا دين في النصرانية، وخرج إليه أرياط، وكان رجلًا جميلًا عظيمًا طويلًا وفي يده حَربةٌ له،
وخلف أبرهة غلام يقال له:
عَتَوْدَة يمنع ظهرَه، فرفع أرياط الحربة فضرب أبرهة يريد يافوخَه، فوقعت الحربة على جبهة أبرهة فشرمت حاجبه وعينه وأنفه
(١٠)
وشفته، فبذلك سُمي أبرهة الأشرم. وحمل عَتَودة على أرياط من خلف أبرهة فقتله، وانصرف جند أرياط إلى
(١١)
أبرهة. فاجتمعت عليه الحبشة باليمن، وَوَدَى
(١٢)
أبرهةُ أرياطَ. فلما بلغ ذلك النجاشي
[ملك الحبشة الذي بعثهم إلى اليمن]
(١٣)
غضب غضبًا شديدًا على أبرهة،
وقال:
عَدَا عَلَى أميري فقتله بغير أمري، ثمّ حَلَف
(١) السيرة (١/ ٣٨) وما بعدها.
(٢) نقص العنوان في ط عما هاهنا، وهو ثمة: خروج أبرهة الأشرم على أرياط واختلافهما. قال ابن إسحاق ..
(٣) السيرة (١/ ٤١). وانظر تاريخ الطبري (٢/ ١٢٨).
(٤) كذا في ب وط. وهو موافق لنص السيرة. وفي أ: سنتين.
(٥) في ط: عليهما. وكذلك في السيرة.
(٦) في ب: إلى كل واحد منهما أناس منهم ثم.
(٧) في ط: لن تضيع.
(٨) في ب: بشيء.
(٩) اللحيم: الكثير لحم الجسد.
(١٠) في ب: أنفه وعينه.
(١١) في أ: على.
(١٢) في ب: ووارى. ووداه: دفع ديته.
(١٣) سقطت من ب.