Puis Ibn Ishaq rapporta l’histoire d’Abdallah ibn Thâmir (1), lorsqu’il se convertit au christianisme sous l’influence de Fimiyûn, et comment Dhu Nuwâs le mit à mort, lui et ses compagnons. Il leur creusa une large tranchée (al-ukhdûd) – Ibn Hishâm dit qu’il s’agit d’un fossé allongé dans le sol, semblable à un fossé de guerre (2) –, y attisa un brasier où il les brûla, et en tua d’autres encore, pour un total qui approcha les vingt mille victimes, comme nous l’avons déjà exposé en détail dans les récits des Banû Isra’îl, et tel que cela est longuement développé dans notre exégèse de la sourate « Par le ciel, pourvu de constellations » (al-Burûj) de notre livre « At-Tafsîr » (3), et louange à Dieu.
Ensuite est mentionnée la façon dont la royauté sortit des mains de Himyar au Yémen pour passer aux Abyssins (4), chose annoncée par les deux devins, Shiqq et Satyih. En effet, il ne survécut pas des habitants de Najrân, après ce massacre, hormis un seul homme (5), nommé Daws Dhu Thaʿlabân, qui s’enfuit sur sa monture. Il traversa les sables (6) et réussit à les semer, puis poursuivit sa route jusqu’à atteindre César (7), le souverain byzantin, à qui il demanda secours contre Dhu Nuwâs et ses armées, lui exposant les violences qu’ils avaient commises, d’autant plus qu’il était chrétien, de la même religion que César.
César lui répondit : « Ton pays est bien lointain du nôtre, mais je vais t’adresser au roi d’Abyssinie, car il partage cette foi et se trouve plus proche de tes terres. » Il lui remit donc une missive à l’intention du Négus, l’encourageant à venir en aide à Daws et à venger ce qui s’était passé. Daws se présenta devant le Négus, muni de la lettre de César. Celui-ci envoya alors soixante-dix mille hommes d’Abyssinie sous le commandement d’un nommé Aryât, accompagné dans son armée par Abraha al-Ashram. Aryât franchit la mer jusqu’au littoral (8) du Yémen, en compagnie de Daws. Dhu Nuwâs sortit à sa rencontre avec Himyar et ceux des tribus yéménites qui lui obéirent. Lorsque les deux armées se livrèrent bataille, celle de Dhu Nuwâs fut mise en déroute. Voyant le désastre qui s’abattait sur lui et sur les siens, Dhu Nuwâs poussa son cheval dans la mer, le fouetta et s’y enfonça jusqu’à en atteindre les eaux profondes, si bien qu’il s’y noya (9–10). Ce fut le dernier souvenir qu’on eut de lui. Aryât entra alors au Yémen et en prit le pouvoir (11).